Bibliothèque de Dwimmia

La montagne de Dwimmia abrite l'un des secrets les mieux gardés de Délos... Seul quelques heureux élus étrangers à la montagne ont pu y être initié et n'ont plus jamais voulu la quitter.
 
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 Xyriel et la Quête de Vérité

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Xyriel
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MessageSujet: Xyriel et la Quête de Vérité   Dim 20 Avr - 22:41

Acte Second: L'Archange Xyriel et la Quête de Vérité



- Maman?

L'Astre de la Nuit a révélé son visage livide depuis peu; elle est notre seule source de luminosité, mis à part notre bien maigre feu de camp qui tente désespérément de chasser la noirceur de notre petit campement. La voix est chétive et faible, mais je ne peux que la reconnaître; c'est celle de Nameranel qui vient de se réveiller.

- Tendre époux, notre fils m'appelle. Je vais donc, de ce pas, le rejoindre.

- Eh bien, vas-y, ma Dame. Ne le fait pas attendre un instant de plus.

Je me lève, empêtrée dans les quelques draps dans lesquelles je me trouvais emmitouflée il y a à peine quelques instants. Je m'en débarrasse d'un geste vif et impatient, puis les relance à Valérien qui me regarde maintenant d'un air mi-endormi, mi-amusé. La noirceur ne m'aide guère. En réalité, elle est depuis maintenant fort longtemps ma seule rivale et ennemie. L'Aventure ne me cherche plus, bien que je fasse ce qui est en mon pouvoir pour la trouver. Toutefois, je ne peux m'empêcher de me souvenir d'une phrase que mon père répétait souvent à ma génitrice, lorsque j'étais encore très jeune: "Si la Noirceur est ton seul danger, c'est que tes ennemis s'y cachent encore". Cela voudrait fort probablement dire que mes ennemis se tapissent dans l'ombre, attendant leur moment de gloire, mais je n'en crois goutte. Le seul qui pourrait me faire encore du mal pourrait très bien être mort sans que je ne le sache, sans que personne de ma connaissance ne le sache. Cela fait maintenant près de deux décennies que Lundemiel ne s'est pas manifesté.

- Maman? Papa?

La voix se fait plus tangible, plus insistante; Nameranel commence à avoir peur, cela se sent et cela peut aussi se comprendre.

- Oui, chéri, je viens.

Je sors rapidement de la tente, puis me dirige vers le feu de camp qui se meurt peu à peu. D'un œil négligent, je prends une branche de bois près de moi et le tisonne légèrement, puis me tourne vers notre nouveau compagnon, Haerte, endormi dans sa couche. Je le rabroue afin de le réveiller, mais voyant que cela ne fonctionne pas, je le laisse à ses ronflements assourdissants et me précipite plutôt vers la tente de mon fils. Je le trouve, apeuré, dans sa petite couche. Il pleure doucement, puis, lorsqu’il me voit, pousse un soupir de soulagement.

- Maman, j’ai encore fait le cauchemar. Je ne veux plus le faire, je veux plus… Tu sais, celui où je cours en forêt, dans lequel je me retrouve avec des mesquins à mes trousses…

- Suffit, Nameranel. Je suis là, je te protège. Rendors-toi, plus personne ne te feras du mal. Rendors-toi, l'Infini t'attend.
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Xyriel
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MessageSujet: Re: Xyriel et la Quête de Vérité   Mer 7 Mai - 23:13

Le brasier s'éteint, mort, à bout de souffle.

Haerte n'est pas encore sorti de sa rêverie inopinée et je ne peux pas dire que cela m'enchante. S'endormir lors de son quart de veille lorsqu'on se retrouve au beau milieu d'une forêt étrangère voire, par certains côtés, hostile est totalement stupide, absolument dangereux et parfois même, certainement mortel. Haerte, assoupi, ne peut pas nous prévenir d'une attaque imminente, car justement, il est assoupi, il vogue dans ses rêves bienheureux dénués de dangers et de menaces réels, palpables.


- Haerte, réveillez-vous, bonté divine!

Il trésaille, surpris en flagrant délit. Je ne peux m'empêcher de le regarder, à la fois désolée et furieuse. Il y a des fois où je me demande pourquoi j'ai accepté qu'il se joigne à nous. Peut-être de la compassion, peut-être de la mansuétude, mais je pense que je l'ai surtout pris en pitié. Son gros corps flasque se remue faiblement à mesure que sa conscience s'éveille. Il tourne et retourne la tête, apeuré, puis, prenant conscience de ma seule présence, soupire, soulagé, et tente de se lever tant bien que mal.

- Haerte, ne refaites plus jamais ça! Vous rendez-vous compte dans quel danger vous auriez pu nous mettre, ou les Ailes Blanches savent encore? Nous sommes en territoire hostile!

- O… oui, ben sûr, m'dame Xyriel… Je m'excuses sincèr'ment, ma p'tite Dame, j'voulais pas vraiment v'vexez…

- Je ne veux pas que vous vous excusiez, Haerte, je veux que vous fassiez votre travail! Vous vous rappelez, n'est-ce pas? Vous devez nous protéger, vous en avez fait le serment devant Xynor! Vous avez fait le serment de nous protéger, coûte que coûte!

- Coûte que c…? Ouais, maint'nant qu’vous m’le dites, j'm'en souviens. " Surveille-les, protège-les et tue-toi à la tâche, s'il le faut, mais assure-toi qu'elle et sa famille vont bien" qu'elle m'a dit, la dernière foué que j'l'ai vue…

- Encore heureuse que vous vous souveniez de cet ordre ! Peut-être que la prochaine fois, vous aurez la vive intelligence d’obéir aux MIENS !

Je tente tant bien que mal de rester calme, mais la fureur prend indubitablement le dessus sur la raison, et les mots commencent soudainement à couler à flot, tels la pluie qui s’abat avec acharnement sur la toiture bien peu solide d’un logis laissé à la dérive.

- Ces bourdes doivent suffire, Haerte, et vous ne semblez pas en comprendre la raison ! Nous-ne-pouvons-pas-nous-permettre-de-nous-faire-repérer ! Comprenez-vous cette phrase, ou dois-je vous faire un petit croquis, ou peut-être ne comprenez-vous pas encore les croquis ? Quoique cela ne me surprendrait aucunement, tout au contraire ! Si votre cerveau éprouve quelques lacunes de compréhension quant à certains ordres, il faut nous le dire AVANT d’accepter de les exécuter, non pas rester là, béat, et s’endormir le premier moment de relâche venu ! Je ne permettrai à personne et, en aucun cas, à un subalterne de votre genre, minable et oisif, de laisser une quelconque menace s’approcher de ma famille de la sorte ! Vous entendez ? JAMAIS !

Les mots sont sortis plus rudes que prévus, le ton, plus mordant que voulu. Haerte semble percuté par mes dires, il en tombe littéralement à la renverse. Il me regarde de ses yeux globuleux, je peux voir la déception d’avoir failli à travers ses pupilles marron, mais je peux y lire aussi un autre sentiment, plus profond, plus indescriptible. On dirait de la peur, de la véritable terreur, mélangée à une honte presque sans définition précise. Son visage prend une forme bien différente de celle qui m'est si familière, si commune, elle est soudainement remplacée par le visage d'un petit enfant qui, esseulé, vient de se faire gronder par sa mauvaise marâtre. Sa bouche se met à trembloter, ses yeux tristes et accablés me jettent un regard si vide de bien-être, si vide de félicité. Il renifle, déglutit péniblement et détourne la tête après ce qui me semble une éternité; je vois brièvement une larme couler le long de sa pommette joufflue droite.

- Excusez-moi, Haerte, je ne voulais pas vraiment…

- V'n'avez pas à v'excuser, m'dame. J'ai les larmes faciles, rien d'plus. J'ai failli à la tâche qu'on m'a confié… encore une fois. Veuillez m'excuser, encore une fois, je promets d'ne plus recommencer, encore une fois. Pr'nez ma parole, j'jure sur la tête d'ma pôvre p'tite moman que j'recommencerai plus.

Un petit moment de malaise incertain s'installe et, l'instant de quelques minutes qui paraissent longues et interminables, nous nous regardons, droit dans les yeux, tels deux loups sauvages - un dominant, l'autre soumis.

- Je tiens tout de même à m’excuser, Haerte, je ne voulais pas m'emporter de la sorte. Toutefois, il faut que vous compreniez à tout prix que nous ne pouvons pas prendre de tels risques. Nous ne sommes pas les bienvenus en ces terres, je le sais. Je le sens, je le vois, je le perçois. Rien ne nous accueille chaleureusement ici. Regarde les arbres ; noirs, sombres, terrifiants, ils ne veulent pas de notre présence. Regarde ce ciel ; ces nuages ternes qui menacent de frapper ces terres, ils ne veulent pas plus de notre présence. Regarde ces ois…

Mes pensées interrompent aussitôt mes paroles, impatientes de leur faire part d'une connaissance. Ça y est, j’ai enfin trouvé. J’ai trouvé le nom de l’endroit où nous sommes, moi et mes comparses. Enfin, ce n’est pas trop tôt ! Cela fait bien des journées entières, voire peut-être même quelques semaines, que je cherche, dans tous les recoins de ma mémoire, le nom de cette contrée de Thessalie. Cette contrée à la fois magnifique et sauvage, à la fois sombre et intimidante, à la fois admirable et remarquable, elle a un nom et je l'ai finalement retrouvé dans un coin perdu de ma conscience.

Je me souviens, alors que j'étais encore à la Cité des Anges, sous la direction de la magnifique Xynor, d'un regroupement de voyageurs ayant demandé la légendaire hospitalité des Anges. Ils venaient de loin, de très loin, étaient des plus fatigués et, comme de raison, la plupart des hommes s'écroulèrent d'épuisement en apercevant des lits douillets les attendant avec impatience. Or, il se trouvait, parmi ce regroupement d'Autres, un vieillard assez bienveillant et bien peu fatigué pour nous expliquer de quel endroit ils venaient pour être si abattus. Il nous expliqua, en détails, qu'il existait un endroit en Thessalie- qu'ils fuyaient, justement - où les guerriers sont des plus féroces, les contrées, des plus sauvages et les habitants, des moins hospitaliers. Cet Enfer, comme il l'appelait, était renommé pour donner des vies des plus mouvementées, mais l'était encore plus pour les enlever par des manières des plus brutales et sournoises. Ayant terminé son histoire, il demanda la permission de se retirer afin de pouvoir se reposer quelque peu. Finalement rendu à sa couche, il eut le bonheur de tomber dans les bras du sinueux Sommeil, mais eut la malchance de ne plus s'en séparer.

Xynor n'a pas cru à son histoire; pour elle, aucune région de Thessalie ne pouvait être aussi redoutable et redoutée, car selon ses dires, Thessalie ne prendrait jamais des vies aussi cruellement, aussi impitoyablement. Si elle savait que je me suis rendue à cet endroit damné, si elle savait, qu'en ce moment, je me trouve, moi et mes compagnons de voyage, en ce pays, elle ne me croirait certainement pas. Pourtant, nous y voilà, nous avons atteint l'Enfer de Thessalie.


- Nous y voilà, Haerte, nous y voici. Nous voici arrivés en Delos.
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MessageSujet: Re: Xyriel et la Quête de Vérité   Mer 18 Juin - 21:29

- Vite! Haerte, Valerien, Nameranel, plus vite! Nous plions bagages!

Une cacophonie infernale règne sur le campement. À peine est-il levé que Valérien se retrouve avec paquetages, vêtements et vivre dans les bras ainsi que sur les épaules, éberlué. Haerte s'affaire bruyamment ici et là, récupérant les derniers effectifs restants se trouvant hors de la caravane. Nameranel, quant à lui, met de l'ordre à l'intérieur de notre grand chariot de bois et de fer, tout en maugréant quelque questionnements contrariés. Je ne peux m'empêcher de faire le lien entre cet enfant insatisfait de sa vie de voyageur et mon enfance, ma propre vie.

Je jette pêle-mêle chemises, pardessus et sous-vêtements dans un coin de la caravane. Autour de moi, chacun s'affaire à la tâche sans trop comprendre ce pourquoi ils le font. Moi-même, je ne sais pas exactement pourquoi je le fait, mais je sais que je dois le faire et ce, le plus rapidement possible. J'ai l'impression d'être pourchassée par une Ennemi bien trop grand, bien trop fort, un Ennemi que je ne peux combattre, sans quoi nous péririons tous à tour de rôle. Le Temps est contre nous, je le sais, je le sens, il nous en veut, quant à savoir pourquoi il nous en veut, je n'ai aucune idée là-dessus. Peut-être est-ce moi, moi qui doit être contre le Temps, car je suis déjà contre les Sentiments de tous, même ceux de mon propre fils.

- J… je vais chercher de l'eau pour notre voyage…

Je ne jette qu'un bref regard derrière moi; Haerte semble ne pas avoir entendu et continue inlassablement à travailler avec une intensité hors du commun, Nameranel se trouve à l'intérieur de la caravane, probablement occupé à ranger les derniers effectifs dans les recoins du chariot de rangement. Seul Valérien semble avoir entendu mes dires, car il me regarde, compréhensif - comme toujours, par ailleurs -, puis continue, lui aussi, à organiser l'espace de rangement ainsi que les derniers préparatifs avant le départ. Je continue à marcher, loin, encore plus loin; la rivière ne me semblait pas aussi éloignée qu'elle l'est réellement, décidément. Finalement, après quelques minutes de marche rapide, je la trouve enfin, translucide, diaphane. Elle déverse la Vie doucement, à la manière d'une mère aimante qui donne le fruit de la Terre à son enfant. Je dépose le sceau que j'ai transporté du campement jusqu'ici, puis enlève mes escarpins. Reprenant le sceau, je m'avance dans la rivière, sentant l'eau fraîche et limpide chatouiller le bas de mes jambes et le redépose tranquillement dans le courant d'eau. Le voilà bien rempli d'eau, de la Vie, de la Pureté! J'y trempe mes lèvres exsangues; l'eau descend dans mon corps, amenant avec elle joie et bonheur. Soudainement, un infime bruissement de feuille me ramène rapidement à la réalité; je ne suis pas seule.

La Beauté même est venue à moi en ce jour. Elle est là, debout, droite et flamboyante comme une tige de fer que l'on retire prestement du brasier. Elle est l'essence de la pureté, elle est l'étendard de la nitescence. Jamais plus bel être n'a été et, fort heureusement, jamais plus bel être ne sera. Sa peau, d'une blancheur opalescente, est parfaite, sans imperfection. Ni poil, ni bouton, ni blessure ne la caresse. Ses cheveux, d'un blond presque blanc, s'étendent dans les airs avec une telle volupté, une telle indolence, qu'ils semblent flotter dans les airs, dans le néant, telle une bannière affichée fièrement dans le vide de la Vie. Ses yeux, d'une beauté sans nom, reflètent, par le bleu profond de ses pupilles, la Sagesse, la Sagacité et la Clairvoyance d'une déesse innomée, d'une entité céleste, dont la prestance n'a d'égale que sa magnificence. Elle est vêtue d'une robe légère, vaporeuse, qui ne peut qu'amplifier sa beauté, son éclat étincelant. Elle est à la fois simple et charmante. Le blanc de la robe semble être de la même couleur que sa peau et est parsemée de fins fils d'or qui se relient entre eux par endroits, tels des amants qui s'unissent tendrement dans le lit nuptial sous le ciel étoilé. De fines perles se trouvent ici et là, donnant un charme incommensurable à l'être qui se trouve aimablement devant mon air béat. À son cou est attaché un collier d'un envoûtement incomparable, le Joyau véritable de la Terre, façonné avec un amour certainement inégalable. De petits lapis-lazulis qu'on trouve dans le Sud de la grande Thessalie sont accompagnés d'une multitude d'infimes diamants, saphirs et rubis. Le collier doit être, à lui seul, le chef-d'œuvre de toute une vie de travail et d'acharnement intense, et le voir au cou d'une si belle dame doit combler son créateur de fierté ravie, de joie extatique et de bonheur jouissif. Cependant, l'objet le plus sublime n'est sûrement pas le collier; c'est le diadème. Il règne noblement sur le cuir chevelu blond ensoleillé comme une impératrice d'autrefois régnait sur son peuple radieux et obéissant. Émeraudes côtoient les saphirs, diamants, rubis, topazes, améthystes, chrysolites, corindons, quartz d'une myriade de couleurs palpitantes dans un arc-en-ciel de richesse. La belle dame ouvre sa bouche, pour parler, puis la referme. Ses yeux azur me fixent intensément, me foudroient sur place par leur perfection Finalement, elle rouvre sa bouche ovale, avec une moue plaisante.


- Voilà un bien étrange endroit pour vous rencontrer, Xyriel de la Citadelle des Anges.

- J... Je pourrais vous dire la même chose, ma Dame… ?

Son sourire est plus qu’évocateur ; il est un véritable rayon de lumière, un Soleil dans la bouche d’une femme.

- Je suis la Très Ancienne, la Clairvoyante, la Mère de toutes patries, je suis celle qui a ordonné à ce monde de vivre.

Je me nomme Thessalie.
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MessageSujet: Re: Xyriel et la Quête de Vérité   Mer 18 Juin - 21:30

- Tu ressembles en tout point à ta chère mère, lorsqu'elle avait ton âge, Xyriel de la Cité, dit-elle, le sourire pendu à ses lèvres fines et blanches comme la douce neige qui tombe lorsque l'hiver vient dans les contrées du Centre de Thessalie.

M...ma mère? Vous connaissiez ma mère?

- Que si! Je ne peux que connaître les personnes que je portes en mon sein, Xyriel. Il vient un temps où j'ai à rencontrer mes fidèles et voués serviteurs un à un. Un peu comme je le fais avec toi, en ce moment même.


Une question. Une simple, une unique question. Elle me traverse l'esprit à la vitesse de la foudre, elle me transperce, me foudroie sur place. Comment Thessalie, la Terre elle-même, peut-elle être une entité de chair et de conscience?

- Enfin. LA question que tous se pose en ma présence. Nous savons tout deux qu'elle est, dans ton subconscient, elle occupe un espace important en ce moment même et c'est donc pourquoi je tâcherai d'y répondre le plus concisement possible.

Je ne peux croire. Cela ne se peut, c'est impossible. Serait-elle capable de lire mes propres pensées, ma conscience, mon bien le plus intime?

- De quel droit une femme ose se prétendre être une entitée jusqu'alors inhumaine? En effet, de quel droit puis-je le faire? Eh bien, du droit fondamental de la Vérité et de la reconnaissance, du droit de me découvrir le visage auprès de ceux en qui je pense pouvoir faire confiance. Tu ne le sais sans doute pas, Xyriel de la Cité des Anges, mais tu m'es loyale, je le sais, je le sens, et je sais me confier à un allier.

La Terre que nous piétinons tous chaque jour, chaque nuit, depuis notre naissance, se nomme Thessalie en mon honneur, sans faire preuve d'égocentrie démeusurée. Je suis la première à être venue en ce monde, alors que les Monts de Fer crachaient encore leur noir venin, et je serai la dernière à la quitter, alors que tout Nain, tout Homme, tout Elfe, tout Ange auront trépassé. J'ai survécu à tous les désastres, tous les Fléaux, toutes les guerres. Je ne puis goûter la mort tant que la Vie engendre la Vie sur cette terre bénie. J'ai le Savoir insufflé en moi, j'ai la Connaissance qui coule en mes veines. Ici, rien ne m'échappe, tout m'appartient et me revient de mon plein droit.


- Chose dite n'est point chose prouvée. Comment puis-je être sûre de la véracité de tes dires? Comment puis-je savoir si ce que tu dis est vrai?

Elle semble surprise l'espace d'un court moment, puis, de la commissure de ses lèvres blèmes s'échappe un sourire éclatant, dévoilant ainsi une sincérité non-feinte.

- Je ne saurai te le prouver, fière Ange, car je n'ai pas les preuves de ce que j'avance, il va de soit que tu auras à me faire confiance, comme celle que j'éprouve à ton égard.

Elle marque une brève pause pour ensuite s'approcher de mon corps abasourdi par le moment d'un pas calme, serein.

- Toutefois, pour te prouver ma bienséance, je te donne un conseil. Vous devez aller au Sud, vers l'Est. Ces contrées seront plus sécures pour ta compagnie. Demande ton chemin aux habitants du coin. Cherche pour le bourg de Nar'Alatith. Il est paisible à ce temps de l'année, tu pourras y trouver quiétude le moment que vous vous ravitailliez. Je dois te laisser à ta route, elle sera longue, et ta famille aura besoin de toi pour les jours à suivre, surtout ton fils, Nameranel. Tôt ou tard, je te reviendrai, une dernière fois.

- J'attends ce moment avec impatience,que je dis, perplexe, mais, si ce que tu dis est vrai, je t'adjure de m'accorder une faveur.

-Je t'écoute.

Elle est maintenant rendue tout près de moi. Je m'élève quelque peu, afin d'atteindre son oreille, haute et fine, et lui glisse quelques mots à l'oreille. Elle échappe un rire cristallin, puis se détourne de moi et recule.

- Chaque chose en son temps, Ange de la Citadelle, chaque chose en son temps. Je vais te rendre cette faveur, toutefois, si je donne, je dois recevoir.

- Donner quoi? Que puis-je donce te donner pour avoir cette bénédiction?

- Chaque chose en son temps, Xyriel, chaque chose en son temps. Je m'en vais maintenant, je m'en retourne.

Et c'est ainsi que s'éloigne Thessalie, la grande, la majestueuse, la mirifique. Or, une dernière fois, elle se retourne vers moi.

- J'allais oublier, n'oublie jamais le nom de la Montagne du Savoir, du mont Dwimmia. N'oublie jamais Dwimmia, car il saura te protéger en temps voulu.

- Dwimmia? Une montagne? Fort bien, mais où se situe cette montagne?

- Décidément, tu ressembles en tout point à ta chère mère, qu'elle s'exclame en retournant du Néant d'où elle est venue, ta chère mère...

Une brise fraîche se fait brusquement sentir, les oiseaux, qui avaient certainement arrêté de chanter leurs sérénade par la Beauté de Thessalie, recommencent gaiement à gazouiller.

- Xyriel, Xyriel! Nous partons, vite! Tu dois revenir, vite!

Haerte arrive, en sueurs. Essoufflé par une course aussi intense, il s'agenouille, reprend son souffle.

- Pourquoi tant de hâte, Haerte? Quelle mouche t'a piqué?

- C'est vot' fils, Nameranel... Il est en grand mal.
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Xyriel
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MessageSujet: Re: Xyriel et la Quête de Vérité   Lun 15 Sep - 19:14

- Plus vite, Haerte, plus vite!

- Mais, m'dame, j'fais mon possible, m'dame!

Malheureusement, le "possible" de Haerte n'est pas suffisant, je lui jette les baquets d'eau froide et fraîche de la rivière dans ses bras massifs et prends mes jambes à mon cou. Les arbres défilent rapidement devant mes yeux effrayés, de véritables maîtres du silence et de la nature qui, sans souffler mot, épient avec avidité nos moindres faits et gestes.

Je vois s'élever, au loin, au milieu de ces êtres gargantuesques, une mince colonne de fumée, douce et calme comme le brûlant Zéphyr qui souffle et emporte les vagues loin des plages de sable blanc et fin; notre campement est fichtrement loin! Qu'est-ce qui m'a donc pris de faire la sotte et de m'éloigner de la sorte? Une chance pour moi que Haerte, dans un élan de panique, ne s'est pas posé de questions idiotes à ce sujet! Vite, le campement, au plus vite!


Je sens une brise froide me mordre rageusement la joue droite; une branche vient de lacérer ma peau blanche comme neige, faisant ainsi perler quelques infimes gouttes de sang rouge comme les pétales d'une immaculée rose, chaud comme l'air sec du Sud de Thessalie qui me plaisait tant à fendre de mes ailes longues et effilées, mais cela ne m'importune aucunement. Que diable ai-je à faire d'une pareille blessure lorsque mon propre fils, la chaire de ma chaire, le même sang qui descend sinueusement le long de ma machoire, est pris en mal? Mais que fais-je donc? Plus vite, plus vite!

Les tentes se dessinent à l'horizon; j'y suis presque! J'accélère - si cela est toutefois possible - la cadence de pas. Si seulement il n'y avait pas eu tant d'arbres gigantesques, j'aurais pu déployer mes ailes et donc, de ce fait, aller bien plus vite! J'entends, au loin, Haerte, brailler quelques inconvenances quant au mauvais sort qui le foudroie en ce moment, mais je ne m'en occupe pas; je pourrais m'en occuper plus tard. Pour le moment, j'aurais tôt fait de rejoindre mon fils mal en point. Plus vite, satanés pieds, fichtre, je vous conjure, je vous ordonne d'aller plus vite!

Je vois mon mari, accroupi près du feu et ce qui semble être une couche. Après ce qui m'a paru être une triste éternité, j'y suis arrivée, toute haletante et incapable de respirer convenablement tant l'accablement m'a frappé de plein fouet.

- - Ma Dame, les bacs d'eau, ma Dame, les bacs d'...

- - Ah, tais-TOI!
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MessageSujet: Re: Xyriel et la Quête de Vérité   Mer 15 Oct - 0:08

Il est étendu là, chétif et chevrotant comme un forcené, dans un lit de terre imbibée d'eau, de feuilles vertes d'été et d'humus jaunâtre.

Haerte et Valerien se trouvent entre lui et moi. Lui. Mon fils. Meurtri par la terre, meurtri par Thessalie, ses membres ont, de temps en temps, des soubresauts frénétiques qui me glace littéralement le sang. Je repousse Haerte d'une coudée franche - mais pas brutale -, qui tiens encore, de ses mains massives, les bacs d'eau - qui ne sont pas aussi remplis que tout à l'heure, allez savoir pourquoi. Il ne résiste pas; il doit savoir que l'on ne reste jamais bien longtemps entre une mère soucieuse et un fils frappé par une douleur inconnue et - surtout - malsaine.

Valerien, quant à lui, est beaucoup plus difficile à repousser, car, en croupe près de notre fils adoré, il s'affaire nerveusement et d'un regard fort peiné auprès de Nameranel. Ses bras s'agitent avec une douceur et un calme presque impensable, vu la situation. Comme j'aimerais avoir son calme et sa sérénité, en ce moment! La seule chose à laquelle je peux penser en voyant mon rejeton, mon sang, ma chair, ma moitié, c'est le malheur absolu. Je connais ce Mal, j'ai déjà vu une fillette en pleine crise; jamais je ne pourrai l'oublier. Jamais.

Tout d'un coup, les bras et les jambes de Nameranel se mettent à battre le vent d'une puissante frénésie, chaotique comme les noirs nuages qui s'entrechoquent et qui forment les éclairs. De sa bouche normalement si pure et si limpide sort des obscénités monstrueuses, semblable à des vagissements de veau se dirigeant contre son gré à l'encontre du fil de la hache. De l'écume, d'un blanc épuré et homogène, sort de sa bouche en de multiples flots visqueux et dévastateurs. Valerien s'empare d'une petite branche de bois et lui fourre immédiatement dans la bouche, qui décrit des spasmes affreux; il n'a, fort heureusement, plus de chance de se mordre la langue de manière involontaire - du moins, je l'espère de tout coeur.


Cela dure ce qui me semble être une éternité, vaste et chaotique. Ses mouvements erratiques et impulsifs m'effraient; je n'ai plus l'impression de faire face à un enfant, mon enfant, mais à une bête sauvage, incontrôlable et insoumise à la Raison. Va-t-il vivre avec cette anormalité toute sa vie? Va-t-il agir comme un animal - inconsciemment, du moins - alors qu'il n'en est certainement pas une? Non, il n'est pas une bête; il est le fils d'un Ange, il est un ange! Cette certitude s'affiche à moi avant même que je le veuille; l'est-il vraiment? Après tout, Valerian est un Homme; il peut tout aussi bien descendre de lui que de moi. Je descend de ma mère; mon père n'était pas un ange. Alors, pourquoi le serait-il?

Il n'y a qu'un moyen de le savoir. Je n'étais guère plus vieille que lui lorsque ma mère a découvert que je descendais de la lignée des Anges. Genoux à terre, je mets - tout en prenant le soin de ne pas me faire frapper par un bras ou une jambe - ma main fébrile et frêle dans son dos, à la recherche d'appendice. Rien. Pas une seule, une unique bosse, rien. Je tâte son dos une dernière fois, de manière frénétique et acharnée, mais rien, toujours rien. Il ne descend pas de moi. Il est mon fils, mais il ne descend pas de moi.

Puis, aussi rapidement que cette crise était arrivée, à la manière d'une traîtresse démoniaque, elle s'en va. Les mouvements de Nameran s'en vont - avec quel soulagement! - avec ses cris, de moins en moins persistants, de plus en plus effacés. Enfin, ses yeux, dans lesquels ont lisaient, il y a quelques secondes de cela, la peur - mais aussi une sauvagerie sans égale - se ferment subitement. Il ne faut pas attendre trop longtemps pour entendre, avec une allégresse indescriptible, des ronflements sourds, profonds, ressemblants - étrangement - à des grondements.


- Que faisons-nous, Xyriel?

Valerien me regarde, une lueur de vague tristesse assombrissant ses prunelles couleur noisette.

- Nous devons trouver un médecin, et ce, le plus rapidement possible. Nous devons trouver une ville, vite!
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