Bibliothèque de Dwimmia

La montagne de Dwimmia abrite l'un des secrets les mieux gardés de Délos... Seul quelques heureux élus étrangers à la montagne ont pu y être initié et n'ont plus jamais voulu la quitter.
 
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 [Xyriel] La Chute de l'Archange.

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Xyriel
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MessageSujet: [Xyriel] La Chute de l'Archange.   Lun 1 Sep - 18:16

Les lettres reposaient nonchalamment sur les draps du petit lit de camp.

Xyriel entra, d'un pas incertain, mal à l'aise, dans la minuscule tente. Autour d'elle, les multiples feux de camp projetaient, dans la sombre pénombre de la nuit, un jeu d'ombres macabres - de par les divers gens et objets qui se trouvaient dans les alentours du pavillon de l'Ange. Azhirack, l'Artiste de la Cité de la Connaissance, venait, il y a quelques minutes de cela, de la prévenir que du courrier venait d'arriver - à son intention.

Elle s'assit lourdement sur les draps beiges de son lit et entreprit d'enlever ses bottes gluantes de boue et de sang séché par vent et temps. Son sabre, fidèle ami de toujours, gisait - couché dans son vieux frère, le fourreau - par terre, tel un outil désuet et inutilisé depuis fort longtemps, dont les années avaient élimé son fil - bien qu'elle venait à peine de le déposer tant elle l'avait utilisé. L'Ange le fixait, perdue dans ses obscures pensées, épuisée par les derniers évènements, puis se ressaisit brusquement; les lettres. Les lettres.

Ces lettres étaient, sans nul doute, signe de grands malheurs ou encore, de douleur atroce et inévitable, elle le savait pertinemment; en temps de guerre, des lettres n'amenaient jamais, ô grand jamais, de bonnes nouvelles. En effet, les gens du front recevaient toujours de mauvaises nouvelles par leur intérim; de la parenté mourante, la destruction de leur maison et, de ce fait même, de leurs souvenirs et de leur vie passée - ou pire encore. Ses doigts blêmes et fins caressèrent longuement, avec une anxiété, une frayeur incomparable, les enveloppes. Xyriel respira un grand coup; dans sa main droite reposait la première lettre.

Son enveloppe portait le sceau rouge vermeil de la grande Intendance de la Montagne du Savoir. Du petit coutelas qui se trouvait dans une des multiples poches de sa tunique, elle donna un petit coup sec, vif; le papier de l'enveloppe céda devant cette attaque irréprochable. L'Ange saisit alors, de sa main mal assurée, la lettre. Le parchemin était glacé, fin, comme un doux et subtil vent de printemps. Le scribe qui avait retranscrit la lettre était un expert, cela se voyait; les lettres étaient tracées avec une délicatesse et une légèreté hors du commun. Des questions émergeaient encore ave netteté des ténébreuses méandres de son esprit: Qui, de l'Intendance de Dwimmia, pouvait bien lui écrire? Pourquoi? Quelles raisons avaient été jugées suffisantes - un tant soit peu -, vu les temps troublés?

La lettre, dépliée, trônait maintenant sur les menus genoux de la jeune dame. Les mots défilaient devant ses tristes et troublés yeux azurés, mais elle se refusait encore à les lire et, de ce fait même de les parcourir, les conserver à tout jamais dans sa mémoire.

Elle la lut donc d'un trait, rapide, prompt. Effarée, elle la relut. Elle la lut une troisième fois. Puis, une quatrième fois. Et une cinquième. Et une sixième. Et une septième. Elle n'en revenait pas.

À chaque fois qu'elle relisait cette lettre, des larmes se rajoutaient aux anciennes - car, vraisemblablement, elle pleurait. Des larmes amères, affectées, qui sillonnaient ses joues blafardes - maintenant rougies par ces dites larmes -, telles des ruisseaux qui coulent tranquillement, sereinement, sur les flancs d'une montagne chagrinée.

" Oh non… Oh non!"

Et elle se laissa choir sur son lit bien inconfortable; la lettre, quant à elle, glissa et virevolta, telle une angélique mésange, porteuse de grand fléau.

*******

La première lettre était certes, très éprouvante, mais la deuxième était encore plus intrigante, accablante.

Ce n'était pas vraiment une lettre à proprement dit, mais plutôt une note. Une courte note significative. Elle ne faisait qu'en rajouter à la première lettre. Elle rajoutait de la douleur à celle qui perforait déjà le cœur de l'Ange, elle complétait l'horreur que vivait la conscience de Xyriel. Elle aurait voulu ne jamais la recevoir; elle l'accablait au plus haut point, elle la frappait du plus gros et du plus tranchant des sabres.

Elle tremblait encore. Tout son corps tremblait, pareil à un saule qui, en plein été, frissonne grâce au vent puissant. Des larmes sillonnaient encore son visage, mais ce n'était plus la souffrance qui la faisait pleurer; c'était l'affliction et la mortification d'un geste, une erreur commise pour son propre bien - et non pour celui des autres.

Dans le ciel parsemé d'étoiles blanches et étincelantes, la Lune régnait encore bien haut dans la Voûte céleste.
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Xyriel
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MessageSujet: Re: [Xyriel] La Chute de l'Archange.   Lun 1 Sep - 18:16

Première Lettre a écrit:
Lettre destinée à Xyriel, Archange de la grande Cité du Savoir, Dwimmia.


Xyriel,

C'est avec une tristesse et un chagrin fort contrit que nous devons vous avertir que votre époux chéri des Cieux, Valérien, ainsi que votre fils bien-aimé, Nameranel, ont rejoint le firmament et ses Étoiles il y a de cela deux jours, dans la soirée. Ils étaient partis à la chasse au sanglier et, comme ce gibier se trouve mieux au crépuscule, ce n’est que lorsque la Lune fut bien haute dans le ciel que la compagnie dans laquelle se trouvait votre mari quitta l’enceinte de la Cité. Or, votre fils, plus futé que les garçons de son âge et, surtout plus hardi que la plupart d’entre eux, suivit les traces de son père.

Nous ne pouvons exactement expliquer ce qu’il s’est passé en cette ô combien tristesse nuit, car la noirceur était impénétrable et les hommes n’y voyaient guère. Or, selon les dires d’Oromir, dit le Piedbot, celui qui accompagnait votre époux à la chasse, votre fils serait apparu des broussailles, accompagné d’une gente dame qui n’osa pas révéler son nom. Valérien en fut fort marri; non seulement votre fils n’eut pas la bienséance de respecter et les Règles de la Cité et le couvre-feu réservé aux jeunes gens de la Cité, mais en plus, il était accompagné d’une femme inconnue de tous. Alors que la discussion fort animée atteignait son paroxysme, un autre visiteur incongru se joignit à eux; c’était un beau mal, fort et robuste, âgé et féroce. Il toucha en premier lieu votre fils et la dame et, par après, votre mari et Oromir. Celui-ci fut fort chanceux; il n’eut qu’une légère secousse, quelques égratignures ainsi qu’une vilaine frousse. Votre mari et votre fils le furent moins; la violence du choc leur a tout deux enlevé la vie. Quant à la mystérieuse dame, elle disparut avant que les secours n’aient le temps d’arriver.

Cette perte nous chagrine profondément, soyez-en sûre, et nous comprenons parfaitement votre douleur. Nous ferons des obsèques dignes de ce nom pour chacun d’eux, nous les mettrons en terre ici même, dans le Cœur de la Montagne.

Toutes nos condoléances les plus peinées et les plus sincères,
Arpha Betra, grand Intendant de la Montagne de Dwimmia.
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MessageSujet: Re: [Xyriel] La Chute de l'Archange.   Lun 1 Sep - 19:47

" Je…dois…partir! "

Elle n’était même pas levée qu’elle énonça clairement cette pensée. La Lune n’était pas encore couchée, le Soleil n’était pas levé. Or, elle tremblait toujours.

Elle n’avait guère dormi, cette nuit-là. Les rares fois où elle était tombée dans les bras sinueux du Sommeil, des cauchemars - mauvais souvenirs, sensations désagréables et panoplies d’abominables sentiments – venaient la chercher et l’harceler. Elle était assiégée dans son for intérieur et elle ne pouvait malheureusement pas se défendre. Le doute et le remords frappèrent en premier, suivis de plusieurs autres émotions différentes. Les tentacules visqueux du regret et de la contrition s’enroulèrent autour de sa douce gorge et serrèrent jusqu’à ce qu’elle s’étouffe d’elle-même. Ils l’aggripèrent avec force, fougue et – surtout – une telle méchanceté qu’elle en fut décontenancée.

Elle avait pu réfléchir toute la nuit durant. Elle avait pu s’imaginer des milliers de scènes de morts différentes pour son tendre époux et fils chéri, elle avait pu les voir souffrir, mourir promptement, sous les sabots fermes et impartiaux d’une bête en furie. Elle avait tout imaginé, toute possibilité, tout.

Or, il restait une chose à démystifier; Pourquoi Thessalie était avec son fils, pourquoi? C’était Thessalie, elle en était sûre, elle n’avait aucun doute sur ce sujet, après les lettres qu’elles venaient de recevoir; mais pourquoi, pourquoi, pourquoi? Pourquoi lui?

Sûrement pour l’avertir; l’avertir de ce qui allait arriver et de ce qui est arrivé.

Xyriel se leva lentement, s'habilla, remit ses bottes dont elle avait tardivement enlevé toute trace de boue et mis à sa ceinture son fourreau et, donc, son sabre; elle devait partir et ce, le plus tôt possible.

*******

Xyriel avançait déjà d'un pas rapide et déterminé, le baluchon à l'épaule, lorsque Berin l'aperçut au loin.

Celui-ci discutait tranquillement avec l'Artiste de la Montagne, Azhirack, et Alemian, l'Atlante; la discution fut coupée net à l'apparition de l'Ange. Berin prit congé de ses deux camarades et se dirigea, perplexe, vers Xyriel. Son visage blême et luisant de larmes n'exprimait, étrangement, qu'un seul et unique sentiment; l'indifférence la plus totale. Ses yeux, habituellement scintillants de bonheur, de luminosité et de joie, s'étaient bien rapidement éteints, semblables à deux feux que l'on sur lesquels on aurait jeté, dans un geste de pure méchanceté, deux baquets d'eau glacée. Ses prunelles n'étaient ni chaudes de vie et de complaisance, ni froides de mort et d'arrogance. Son corps se mouvait avec des gestes carrés, rigides, comme si elle déployait d'immenses efforts afin de pouvoir se déplacer. Elle semblait distante, éloignée dans le Néants des amères pensées, et cela inquiétait le Roi de Dwimmia au plus haut point; jamais il ne l'avait vu dans un état aussi épouvantable. Il se retrouva bien tôt face à elle et fut prit d'une surprenante stupeur; bien qu'elle paraissait quelque peu morbide, elle avait toujours l'allure majestueuse de l'Ange, la même allure que lorsqu'ils s'étaient rencontrés la première fois, dans le Hall de la Connaissance. En tout cas elle était magnifique; elle était céleste et n'en démordrait jamais.

" Roi Berin ", fit-elle d'un ton placide.

" Xyriel. Tu n'as guère dormi, à ce que je vois.

- Quel sens de la perspicacité! Cela vous prend-il souvent, Roi des Nains?

- Trêve de boutades inisidieuses, Xyriel. En sommes-nous réellement rendu à cela? Sommes-nous rendus à nous piquer par des insultes insignifiantes et blessantes?

- Il faut croire que oui, plus platonique que jamais.

Un long silence s'ensuivit, lourd de reproches tant pour l'un que pour l'autre. Tant de rancoeur les avait séparé, autant dans leurs choix et décisions que dans leurs réflexion et leur façon de pensée. Finalement, Xyriel lui jeta un regard morne et se racla la gorge.

" Je dois partir.

- Partir? Mais la guerre fait rage! Tu ne peux pas déserter; je te l'interdis!

- Certes, cette guerre en est à son paroxysme, mais ce n'est plus ma guerre. Une tempête approche. Une grosse tempête. Je suis désolé; je dois partir. Tu ne peux pas m'en empêcher, Roi.

- Oh que si, je peux t'en empêcher!

- Et comment, nain?

Elle fit un nouveau pas en sa direction et déploya ses ailes, le surpassant donc autant en largeur qu'en hauteur - et en magnificence. Tel une perle, malgré son air mortifié, elle scintillait telle une étoile. Avec son regard assassin, elle faisait peur; Berin recula d'un pas.

" Et tes recherches? Tu laisses tes recherches et tes futures trouvailles à l'abandon?

- Oui. Je suis amplement satisfaite par ce que j'ai trouvé, je n'en ai guère besoin de plus. "

Un nouveau silence s'installa, moins lourd que le dernier. Quelques secondes défilèrent rapidement avant qu'un des deux compagnons de quête ne prenne la parole.

" Bien. Je pars. Adieu, Berin de la Bibliothèque de Dwimmia. "

Et elle le contourna. Elle rendit un dernier regard au Roi de la Montagne de la Sagesse; un regard fiévreux, déserté de toute méchanceté, un regard empreint d'une douce mais constante folie. Elle rassembla alors les quelques compagnons de bataille qui lui restait et s'en fut.

Xyriel venait, en quittant le campement, de sombrer dans l'Infini.
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MessageSujet: Re: [Xyriel] La Chute de l'Archange.   Mer 15 Oct - 0:04

Deuxième Lettre a écrit:
Xyriel,

Tu m'as demandé, il y a peu, une faveur et je t'avais dit qu'il faudrait que tu me rende un service semblable. Soit, nous y voici: je t'ai donné ce que tu voulais, je te prends donc ce que je veux. Tu comprendras certainement.


Ta Bien-Aimée.
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MessageSujet: Re: [Xyriel] La Chute de l'Archange.   Mer 15 Oct - 0:05

Cela faisait bien quelques jours que Xyriel et ses compagons avaient quitté, de façon précipitée et désordonnée, le campement de la Bibliothèque lorsqu'ils encontrèrent leur premier obstacle.

Ils étaient tous épuisés, éreintés par cette course dure et sans mercie, souffrants de mille maux; Xyriel ne voulait, en aucun cas, ralentir la cadence de marche. Tous, sauf Xyriel. Son énergie ne diminuait pas, elle ne semblait aucunement se fatiguer. Tout au contraire, on aurait dit que, plus elle marchait, courait, s'éloignait de cette terre maudite, mieux elle se sentait. Plus elle mettait de distance entre elle et ce monde porteur de malheur, plus elle s'en sentait forte et soulagée à la fois. Forte de n'avoir maintenant plus qu'un seul objectif - tout aussi malheureux et désespéré qu'il soit - et de n'avoir, dorénavant, qu'à se concentrer celui-ci, qui était de partir le plus loin et ce, le plus rapidement possible, de cette Délos d'amertume, de sang et de sauvagerie. Soulagée - bien que cela puisse sembler mesquin et inapproprié à la situation - de n'avoir plus d'autres préoccupations. Elle s'en sentait coupable, c'en était sûr, car elle déniait ainsi d'une manière si brusque et si brutale sa famille et le malheur qui s'abattait sur eux, mais en même temps, elle ne pouvait rien n'y faire; la vie continuait, sa vie continuait, rien ne pouvait changer à la situation dans laquelle elle s'était vu entraînée par la force du Destin. Et, de plus, c'était leur faute à eux, à eux! Ils n'avaient pas à mourir!

C'est ça! Ce n'était pas sa faute, c'était la leur! C'était la faute à la Vie, à la Mort, au Destin, aux Hommes, aux Autres! C'était tous de leur faute, sans exception! S'ils ne lui voulaient pas tant de mal, les choses ne se seraient jamais déroulées ainsi! Et ce sanglier! Ce ne pouvait être que de sa faute, à lui! Bordel, c'était tous leur faute! À TOUS, SANS FOUTUE EXCEPTION, NOM DE CHAOS!

Ah, lui! Lui, aussi, c'était de sa faute! Merde, c'est un Dieu! Un DIEU! Xyriel se souvenait, dans son enfance, la description que sa mère avait faite de ce Chaos, cette divinité; une divinité de Chaos, voilà tout. Chaos, Divinité toute-puissante en ces terres, qui fait régner le chaos et qui, assez ironiquement, en a fait l'Ordre à suivre. Non, mais! S'il était tout-puissant, ce Dieu n'aurait pas laissé de tels actes se produire! Ces actes ne créent pas du Chaos, mais bien du Désespoir et de la Haine! Non, mais! Pourquoi ce Chaos est-il adoré en ces contraire? C'est ce foutu Dieu qui tue les gens, qui assèche les rivières, détruit les gens en leur détruisant la conscience et leur âme, c'est ce foutu Dieu qui tue! C'est de sa faute, DE SA FAUTE!

Et Thessalie, dans tout ça? THESSALIE?! Thessalie n'était, n'est et ne sera qu'une sotte! Jamais plus je ne croirai en de telles sottises! Non, mais! Pour qui m'a-t-elle prise? Je ne suis pas rien, je ne suis pas personne; je suis Xyriel, Archange de cette foutue Cité des Anges, conseillère de cette foutue Xynor, exilée de cette foutue Thessalie pour avoir dit sa foutue pensée! C'est aussi de leur faute, à tous, sans exception!

******

Alors que Xyriel semblait, bien étrangement, se complaire dans toute cette hargne sans nom, dans toute cette fureur sans borne, un Elfe se rapprocha d'elle à pas silencieux. Il était au service de cette Ange depuis peu - il la suivait partout, dans ses faits et gestes, depuis qu'il avait quitté le campement du Navire du Requiem - et constatait avec un regard bien soucieux ses états d'humeurs. Certes, tout aussi étrange que cela pouvait paraître, elle semblait gagner en force et en assurance à chaque lieue qu'elle parcourait, chaque petite distance qu'elle marchait, chaque pas qu'elle faisait. Elle semblait aussi soulagée, par moments brefs et étherés, soulagée alors qu'elle venait de perdre sa famille, son amour, sa vie. Cependant, ce que lui, elfe tout aussi désuet qu'il semble être aux yeux de cette Ange majestueuse et froide, constatait était bien plus effarant; elle gagnait en haine et en colère.

C'était terriblement voyant; elle criait des ordres sans queue ni tête dans le seul et unique but d'exprimer ouvertement ses émotions refoulées à l'intérieur et, lorsqu'elle n'était pas en train de crier, elle restait là, dans son coin sombre à maugréer et marmonner des injures et des invectives boudeuses à tout va. Son état empirait de jour en jour, d'heure en heure, de seconde en seconde, elle dévolutionnait vers un stade émotionnel primitif, incroyablement haineux et cela démoralisait grandement les compagnons, car c'était là un signe avant-coureur d'une bien triste fin pour une si belle compagnie; si cela empirait, cela pouvait se solder par une mutinerie, un échec militaire ou, pire encore, la mort pour tous! Il fallait faire quelque chose, peu importe l'humeur de l'Archange - qui semblait chuter, de plus en plus, encore plus, toujours plus -, il fallait faire quelque chose! Heureusement, il y avait quelque chose, là, sur leur chemin, qui pouvait bien les distraire...

" Chef! Chef! Royaume en vue! "

Xyriel secoua la tête, alerté par l'étrange nouvelle. Un village, ici? Dans ce coin reculé? Mais que diable pouvait bien faire un royaume ici?

" Pour quelles raisons n'ai-je pas été avertie de cela, Autre?

- Eh bien... Ma fois, je n'en ai aucune idée. Je ne suis pas éclaireur, je ne fais que transmettre les messages que l'on juge important et...

- Suffit, Autre. "

Cela laissa l'Elfe bien perplexe. Il n'aimait pas se faire traiter de la sorte - un Autre, comme s'il était un vulgaire objet peu important! - mais, en revanche, il s'adressait à sa supérieure et cela suffisait pour le faire taire. L'Ange resta quelques instants à regarder, de ce regard si vide de sens et de contenu, les Étoiles. Elle mit la main sur son baluchon, niché contre sa frêle épaule, et le palpa pendant un long moment, insécure, comme si elle cherchait un objet quelconque, puis, ayant trouvé ce qu'elle cherchait, elle ramena sa main le long de son corps. Ellle avait arrêté de marcher; elle se tenait là, les bras le long de ses jambes, les ailes pliées, droite comme une tige de fer, fière comme une lionne sauvage. Elle lança, alors, d'un ton bas et indifférent, une phrase qui aurait fait frissonner toute personne sensée la connaissant.

" Allez! Allez et exterminez-les; tuez chaque Délosien se trouvant sur notre chemin. "
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