Bibliothèque de Dwimmia

La montagne de Dwimmia abrite l'un des secrets les mieux gardés de Délos... Seul quelques heureux élus étrangers à la montagne ont pu y être initié et n'ont plus jamais voulu la quitter.
 
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 Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres

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Xyriel
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MessageSujet: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 24 Mar - 18:04

L'histoire de Xyriel m'a été donnée, en main propre, par un vieux sage nain dénommé Thorox, le gardien de la Vérité même, le sage parmis les Sages. Il se trouve que Thorox, qui doit maintenant voir s'acheminer devant lui le chemin des Morts, a été élevé par Nameran, son prédécesseur , qui est nul autre que Nameranel, fils unique de Xyriel la Grande.

Cet écrit traite, en autre, de la vie de Xyriel, de sa bien petite présence parmis la glorieuse Cité des Anges, ainsi que de son enfance bien amère et attristante.
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Xyriel
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 24 Mar - 18:06

Chapitre premier: Discussions et Illumination




-Dis, maman, il est où, papa?

Je m'approche d'elle à petits pas, j'étire mes petits bras devant moi à travers la sombre noirceur, puis me colle tranquillement à sa hanche. Je la sens un bon coup, puis j'expire, soulagée. C'est bien elle, c'est bien ma maman. Aucune autre maman ne sens comme elle. D'ailleurs, aucune autre maman ne lui ressemble. La mienne, elle est très belle, mais elle n'est pas comme les autres. Elle est tout blanche, partout. Elle a la peau blanche comme de la neige, de la tête jusqu'aux doigts de pieds. Elle a aussi de très longs cheveux anormalement blancs ressemblant à de longs fils de soie. Maman a aussi des yeux étranges. Je veux dire, pas comme les autres. Moi je les trouve magnifique, moi, ses yeux, mais les personnes dans la rue les regarde étrangement. C'est comme si ils avaient peur de ses yeux. Ils la regarde avec pitié et dégoût, et peut-être même peur ou encore terreur. Ses yeux ils sont bleus, intensément bleus, d'un bleu pâle et glacé, un bleu foudroyant.

C'est peut-être de la façon dont elle les regarde, les gens. Elle regarde tout le monde de la même façon. En fait pas tout le monde. Elle nous regarde différemment, moi et papa. Elle regarde tout le monde avec la même lassitude et avec le même dédain. Ses deux glaçons deviennent alors insondables, si se n'est que pour le dégoût qu'elle éprouve pour les autres. Par contre, quand elle pose son regard sur moi ou sur mon père, c'est complètement différent. Ses glaçons deviennent alors jovials et joueurs, attentionnés et aimants. Je crois qu'elle nous aime beaucoup, moi et papa. En vérité, nous sommes tout ce qu'il lui reste à elle, à elle seule.

Elle me sourit gentiment, me prend par les hanches et me dépose délicatement sur son épaule droite. Sa force me surprend toujours un peu, car venant d'un corps si petit et si frêle, on ne s'attend à voir autant de force. Autant de force et de haine.


-Nous allons avoir à discuter, ma chérie.

Elle tourne la tête vers moi et me regarde dans les yeux. Ses yeux reflétaient une nouvelle émotion, un sentiment que je n'avais jamais vu dans ses yeux froids et indifférents. Une douleur immonde et cruelle s'installait en elle, je le voyais bien. Elle montait en elle, elle montait, elle la piétinait dans son propre corps, elle grimpait sur sa belle robe bleue, sa robe préférée et entrait dans son âme comme une voleuse, une voleuse de sentiment et de joie. Je n'aime pas beaucoup ce regard. Il est annonciateur de mauvaise nouvelle.

Elle me déloge tranquillement de son épaule et me prend ensuite dans ses bras blafards, comme quand j'étais bébé.


-Xyriel, ton père, il est parti.

Elle me dit cela avec le plus de détachement qu'elle peut, mais dans sa voix réside un léger craquement qu'elle ne peut dissimuler. Un craquement qui sépare aussi de plus en plus son cœur en deux parties. Sa voix est empreinte d'une légère lueur d'agonie et de désespoir. Ses yeux, quant à eux, fondent. Ils fondent furtivement et discrètement. Ils fondent et des larmes perlent lentement le long de ses joues blêmes.

-Il est parti, petite. Parti.


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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 24 Mar - 18:10

-Xynor!

J'entre en trombe dans le petit cabinet de travail de Xynor claquant la porte du plus fort que je peux. Malheureusement, la seule réponse que je reçois est l'écho de mon cri et de du vacarme crée avec la porte.

- Xynor! J'exige des explications IMMÉDIATEMENT! Xynor!

Je me précipite au milieu de la pièce mal éclairée et tourne sur moi-même. Xynor ne semble pas être ici. Je l'ai une fois de plus manqué. Je refais un tour sur moi-même pour vérifier mes pensées, puis je remarque une légère anicroche dans le tableau que représente cette pièce. La fenêtre du fond est grande ouverte.

Je m'approche de la grande fenêtre. Dans cette petite pièce, la seule chose qui est grand, c'est la fenêtre. En fait, la fenêtre recouvre presque entièrement le mur du fond de la pièce. Elle est même plus large que la table de travail de Xynor. Tout dans cette pièce, même la fenêtre, a été longuement ouvragé par quelqu'un du Dehors pour ensuite être monté ici. Quelqu'un du Dehors. Quelqu'un qui vient d'en bas, le monde des Autres. C'est en partie pourquoi cette pièce m'horripile. Je regarde minutieusement la fenêtre. Elle est un chef-d'œuvre. Magnifiquement ciselée dans du bois de grand rosier blanc, que l'on retrouve dans l'extrême sud du Dehors. Les carreaux de la fenêtre sont admirablement bien faits, fins et robustes, les deux qualités primaires recherchées pour une vitre. Pas de doutes, cette fenêtre est majestueuse. Ce qui ne fait que rajouter au dégoût qu'elle m'inspire.


-Xynor!

Je crie dehors. Pourquoi notre chef ne se retrouverait pas dehors, après tout? Pourtant, pas de réponse.

-Xynor! J'ai à te parler dans les plus brefs délais!

J'attends un peu. Toujours rien.

-Xynor!

Toujours rien.

- XYNOR! SUFFIT!

Je prends un élan, pour ensuite donner un coup de pied dans une pile de paperasses qui traînassent par terre. Ce n'eut en aucun cas l'effet escompté. Ce coup devait me défouler de ma frustration me délivrer un peu du fardeau qui s'alourdit imperceptiblement un peu plus chaque jour. Mais cela ne fait qu'en rajouter. D'autant plus que les feuilles s'envolent en tout sens et bientôt, je ne puis voir que des feuilles blanches virevoltantes dans les airs comme des valseurs qui s'envolent pour faire leur danse nuptiale.

Ça y est, j'en ai assez. Là, il y en a plus que je ne peux accepter. Cette mascarade n'a que trop durée.

Je me retourne, me donne un bon élan et saute à travers la fenêtre.


Dernière édition par Xyriel le Lun 24 Mar - 21:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 24 Mar - 18:16

Je regarde maman, médusée. Il y a maintenant bientôt plus de deux minutes qu'elle ne m'a plus adressée la parole.

Elle semble si seule. Seule et en mal d'amour. Elle s'assied et commence à se bercer dans la chaise, et, par ce fait même, commence à me bercer aussi. Elle entonne une hymne douce et entraînante, mais s'arrête à peine quelques minutes plus tard. Elle ne peut plus chanter car sa voix est sur le point de craquer. Elle ne veut pas démontrer ses émotions, cela se voit.

-Maman?

-Oui, chérie?

Je semble la prendre au dépourvu. Elle me regarde, étonnée, puis me tâte les omoplates et le dos. Pour la première fois depuis longtemps, je la vois enfin afficher un sourire radieux et rempli de bonté.

-Chérie, regarde!

-Non, maman, ce n'est pas du tout le moment…

-Ah oui? Et il y a un moment spécial pour voir ça?

-Oui.

-Comment cela se fait-il donc?

-Parce que moi, j'ai demandé la permission de parler en premier.

Elle me regarde encore une fois, ébahie. Puis, étrangement, il arrive sans crier gare. Le second sourire de la soirée. Je souris à mon tour, satisfaite de moi-même.

-Que voulais-tu, Xyriel?

Son regard se durcit de plus en plus pour ensuite redevenir le même regard vide qu'elle affichait il y a maintenant plus de cinq minutes. Elle me redépose par terre, puis se dirige sans faire de bruit vers la fenêtre. Elle s'accoude au rebord de la fenêtre. Je la regarde attentivement. Sa démarche souple et altière est digne d'une impératrice, mais elle n'en est pas une. Sa froide et implacable logique est digne des plus grands et éminents philosophes, mais elle n'en est pas une. Alors, qui est-elle exactement? Certes, elle est ma mère, mais ce n’est pas cela que je voulais dire.

-Il est parti où, Papa?

Elle se retourne lentement vers moi, affichant encore une fois un regard empreint de douleur. Des larmes commencent à couler par dessus celles qui venaient à peine de s’estomper sur ses joues rouges et boursouflées.

-Il est parti définitivement.

Puis, dans un murmure, elle rajoute :

-Il est mort.
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 24 Mar - 18:19

- WAAAAAAAAAAAAAAAHOOOOOOOOOUUUUUUUUUUUUUUUU!!!!!!

Le grand saut.

Le vent effilant mes longues plumes blanches, son souffle soupirant sur chacune de mes appendices. La vitesse que je prends en perdant de l'altitude. Je deviens une flèche qui transperce le ciel et les nuages, une étoile qui tombe de l'Infini comme une roche qui tombe à pic au fond d'un lac. J'adore cette sensation qui parcoure toutes mes cellules, de ma tête jusqu'aux doigts de pieds, en passant par mon auriculaire droit et chaque plume de mes ailes. Je me sens enfin libre.

Il faut que je vous dise quelque chose, avant que vous croyiez que je me suis lancée d'une fenêtre pour immédiatement toucher le sol, face contre terre. Un léger détail…

Voyez-vous, la Grande Citadelle des Anges se retrouve plusieurs kilomètres plus haut que les plus hauts sommets de Thessalie. Elle se retrouve là où vous, les gens du Dehors, comme on vous appelle là-haut, vous appelez le ciel, l'Infini Céleste. C'est pourquoi, par ailleurs, certains d'entre vous nous appellent les Créatures Célestes. Je vois dans votre visage une vague interrogation. Une Citée dans les airs? Et à cela, je vous réponds: Oui. Les architectes qui ont créés cette grande forteresse l'ont construite sur des bases riches en Éther, dont la propriété principale est d'être beaucoup plus légère que l'air normal. C'est aussi pourquoi la Citée est rattachée au sol à l'aide de câbles solides afin qu'elle ne s'envole pas dans l'Infini du Ciel.

Il y a maintenant près de deux minutes que je suis en chute libre. Il serait peut-être temps que je me ressaisisse. C'est la partie la moins plaisante d'un saut. J'allonge mes bras au-dessus de ma tête à la verticale.

Un, deux, trois, quatre, cinq…

J'ouvre complètement mes grandes ailes. Je redresse la tête lentement, car je ne veux pas me casser le cou. Puis, je redresse légèrement les bras et le buste. Mon corps fait alors un grand arc. Je détends ensuite les jambes pour enfin me retrouver à l'horizontal. Voilà, le rétablissement est réussi parfaitement. Je souris, fière de moi, d'avoir réussi cette manœuvre alambiquée.

Je continue à survoler la terre un bon moment, le temps de reprendre mon souffle. Je sens encore la vive exaltation qui parcoure mes veines et qui court dans mes muscles. Ce sentiment de bonheur et de joie, de satisfaction et de contentement, il y a longtemps que je ne l'avais ressenti.


-Xyriel…

Je me retourne vivement. Cette voix, je m'en souviens, mais je ne me la rappelle pas. Elle me rappelle un vague souvenir, une bribe de mon passé ténébreux. Elle était profondément enfouie dans mon âme, telle un riche trésor enfoui dans le sable chaud d'une plage d'une île déserte. Elle aurait dû y rester, ne plus jamais revenir à la surface.

-Papa?

Un sinistre silence s'installe soudainement dans le ciel. Comment pourrait-il m'appeler, lui qui a trépassé? Il est mort, j'en suis sûre et certaine. J'ai vu sa sépulture.

Et s'il existait toujours?

Certes, son corps est mort, mais qu'en est-il de son Esprit? Comment peut-on savoir si l'Esprit d'une personne défunte ne réside pas en une autre matière, comme les feuilles d'un arbre ou dans les flocons de neige? D'autant plus que nous, nous sommes spéciaux, nous sommes meilleurs. Après tout, nous sommes divins et célestes.


- Xyriel…

Là, je m'arrêtes complètement. Je ne suis pas folle, je l'ai bel et bien entendu. Mais, cette fois-ci, ce n'était la voix de mon père. C'était celle d'un souvenir bien plus pénible et douloureux que celui-ci. Un souvenir qu'il ne fallait pas souvenir…

-Maman?

J'ai la gorge sèche et l'esprit confus. Qu'est-ce que je fais ici? Pourquoi je me retrouve dans les airs alors que je n'ai rien à faire ici?

Xynor! Je l'avais complètement oubliée!

Je donne de grands coups d'ailes, et je commence à voler en direction de la Citée. De toute façon, elle ne peut être ici, sinon je l'aurais vu.


- Xyriel! En bas!

Je fais volte-face immédiatement et je pars à toute allure en direction de la voix, c'est-à-dire vers le bas vers ma gauche. Je vole du plus vite que je puis, j'accours, enfin, façon de parler, je me force, je me tues à accélérer, je vais de plus en plus vite, je rapproche tous mes membres de mon corps pour aller encore plus vite. Je ne vais pas vers le sol directement, mais j'ai la même vitesse que si je le faisais. J'y arrive presque puis…

- Xyriel! Ici!

Ça vient complètement de l'opposé de ma direction. Mais que diable se passe-t-il donc?

Bang!

Néant total.


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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 24 Mar - 18:23

Cela fait maintenant près de trois jours que ma mère m'a apprise la terrible nouvelle. Cela fait maintenant près de trois jours que je tente de me cacher de la réalité, de la vérité. Cette vérité qui fait si mal. Cette vérité qui se colle à nous et qui reste accrochée à nous telle un parasite qui nous suce le sang et la vie.

Ma mère aussi se cache de cette réalité. Elle ne me parle pratiquement plus. On pourrait autant dire qu'elle me fuit. Elle se dérobe à nous, à la vérité et à moi. Elle se dissimule derrière un mur de tristesse et d'abandon.

Pourtant, il faut bien que ça finisse, que cette très mauvaise plaisanterie cesse. J'ai l'impression de jouer à cache-cache avec un ami de quatre ans. Je peux parfaitement comprendre que cela lui fait de la peine, à moi aussi ça en fait, il ne faut pas oublier qu'il est, où plutôt qu'il était, mon père. Pourtant, il ne faut pas cesser de vivre car il est rendu de l'Autre Bord. Justement, elle est dans la cuisine. Je me précipite en arrière d'elle et tire sur un pan de sa longue robe noire qui contraste vivement avec sa peau incolore.


- Maman, que cela te plaise ou non, nous allons discuter. Inutile de te cacher.

Elle me sourit tendrement. Un pâle reflet de ma maman avant l'incident lui frôle le visage pour ensuite se dissiper à travers les vapeurs des chaudrons.

- Xyriel, tu as beau n'être qu'un bambin, petit chérubin, tu parles et tu agis comme si tu étais une adulte mûre et accomplie.

- Peut-être parce que je suis meilleure que les autres…

- Oh, non, tu n'es pas meilleure que les autres enfants. Tu es spéciale, c'est certain, mais surtout pas supérieure.

- Et pourquoi j'ai des ailes qui poussent, si ce n'est que je suis supérieure?

- Et pourquoi je ne suis pas supérieure aux autres, moi, qui ai déjà des ailes?

Là, elle marque un point, en plus de rabaisser le caquet de la jeune présomptueuse que je suis. Pourquoi ne domine-t-elle pas les autres, ceux qui n'ont pas d'ailes, ceux qui ne peuvent voler?

- Xyriel, petite chérie, viens avec moi.

Elle me montre de la main la table de la salle à manger, et de ce fait, les chaises qui sont placées autour de celle-ci. Je me dirige donc vers une des chaises, me donne un petit élan, et m'assied sur la chaise que j'ai choisie. Maman me suit de très près et s'assied à la chaise opposée à la mienne. Elle respire un grand coup pour ensuite soupirer bruyamment.

- Xyriel, écoute-moi. Nous avons des ailes, oui, c'est vrai, mais cela ne fait pas de nous des êtres supérieurs aux autres. Chaque créature qui vit ici, en ce bas monde, a le droit de vivre en étant égale aux autres. Les papillons, eux aussi, ont des ailes, et ne sont pas les glorieux qui dominent le monde. Chaque personne est différente, chaque personne a ses propres problèmes, ses doutes et ses peurs, mais chaque personne reste différente. Il ne faut pas juger les personnes par les apparences, mais par les gestes et leurs attitudes. L'attitude que tu adoptes envers les autres est la mauvaise, car les gens ne te respecteront plus après. Ils vont te détester et te vouloir du mal, et ça, tu ne le veux pas.

- Mais pourquoi me voudront-ils du mal? Les gens sont-ils jaloux à ce point?

- Tu ne viens donc pas de m'écouter? Tu n'es pas et tu ne seras jamais supérieure à quelconques personnes à cause de tes ailes. Les gens ne veulent rien savoir de tes ailes. Par contre, ton attitude, il va falloir que tu la surveille, parce que si elle continue comme cela, tu n'iras pas loin. Ton attitude te mènera à ta mort, et bien vite, si tu veux mon avis.

Comme discours, c'est très cru et direct. Ce l'est même un peu trop. Je n'arrive pas à contrôler les larmes qui commencent à descendre le long de mes joues livides. La terne tristesse commence peu à peu à jaillir de mes yeux, elle jaillit avec force et puissance, telle une rivière en furie qui sort de son lit et qui inonde brusquement les terres et les champs qui l'entoure. Elle envahit mon visage et découlent le long de mon cou. Elle rougit mes yeux et mes joues blêmes. Son goût salé et saumâtre me laisse une marque inaltérable, tant en bouche que dans l'âme. Elle me laisse une trace au fer rouge, elle me marque et me fait souffrir. La souffrance qu'elle me laisse se transforme peu à peu en colère et en irritation, la brûlure qu'elle me laisse me démange est atroce et insupportable. Je m'essuie les joues et le cou, mais cela ne change rien, les larmes continuent à couler et à humecter mes mâchoires. Les torrents continuent à couler et à marquer mes joues de sillons impétueux, ils continuent à brûler ma peau au fer rouge et à me faire souffrir de la sorte.

- Xyriel, je m'excuse, je n'aurais pas dû te parler sur ce ton…

- Suffit!

- Écoute-moi, ce n'est pas ma faute…

- J'ai dit SUFFIT!

Ce n'est pas ma voix qui est sorti de mon orifice buccal, elle n'est pas mienne. Cette voix, sortie d'outre-tombe, résonne dans la pièce encore et encore. Elle est forte et grave, rocailleuse et impérieuse.

- Il suffit! Suffit ces babillages, ces enfantillages de pacotilles. Je ne veux plus rien entendre, je ne veux plus t'écouter. Ce que tu dis est faux, et tu le sais. NOUS sommes la puissance, NOUS sommes Thessalie. Nous contrôlons les airs, et de ce fait, toute la Terre, car qui contrôle les cieux peut conquérir toutes les montagnes et tous les océans. Nous sommes tout-puissants, mère, et nous le resterons! Nous combattrons, ardemment et prestement, nous vaincrons, nous annihilerons les terrestres, nous les massacrerons. Nous allons vaincre!

Nous restons bouche bée, ma mère et moi. Je gardes mes yeux baissés, prête à recevoir une sévère réprimande. Je crois que mon petit discours enflammé l'a quelque peu surprise. Par ailleurs, je suis moi-même effarée. Je ne m'attendais pas du tout à cela, quand j'ai commencé à parler. Certes, je voulais qu'elle cesse de tourner autour du pot, mais le reste de mes paroles, je ne l'avais pas prévue, loin de là. Je n'ai pas même compris une bonne partie de mes propres dires!

Je relève mes yeux imperceptiblement, ne voulant pas m'attirer les regards et les foudres de ma mère, mais je constate rapidement qu'elle n'est pas fâchée. Elle me regarde avec mépris et étonnement à la fois, mais je décèle un sentiment auquel je n'avais jamais eu à faire face. La peur.

La peur, la même peur qui nous fait commettre des actes lâches et insidieux, celle qui nous fait reculer dans les moments d'effroyables paniques. Je peux lire dans son visage cette étrange appréhension, je peux la sentir. Je pourrais la toucher, l'effleurer sur ses joues blêmes, la frôler le temps d'une infime et sublime caresse. La peur peut se sentir lorsque la personne qui la ressent la fait sentir et réagir. Ma mère ne la cache pas, cette immonde peur, cette terrible crainte qui la guette. Elle me la montre. Elle ne semble pas fière d'elle, ni honteuse. Elle ne fait que me la montrer. En la voyant, je reçois cette peur de plein fouet dans, mon corps, dans mon cœur, dans mes veines. Elle parcourt ma chair avec fougue et emportement. Peu à peu, elle s'empare de moi, de mon fort intérieur, de ma grande forteresse de pénombre et de solitude. Une fois de plus, la terreur me gagne, comme quand j'ai fait l'atroce rencontre avec l'Aurochs, ce monstre poilu et sauvage. Elle prend d'assaut mon ultime défense, mon âme, mon subconscient, mon intériorité, ma seule et unique échappatoire du monde cruel et réel. Oh, douce mémoire, qu'ai-je donc fait? Oh, doux parfum de folie, qu'ai-je donc dit?
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 24 Mar - 21:11

- Xyriel…

Encore cette voix! Maudite soit-elle! Je ne la supporte plus, je ne veux plus avoir à l'entendre. Elle trouble mes rêves, elle s'insinue dans ma tête, elle ne fait qu'obscurcir mes songes. Elle dit et redit toujours la même chose, cette voix infatigable et insoutenable, elle ne fait que se répéter, encore et encore. Elle envahit mon monde et elle le détruit à coups répétitifs et tenaces.

- Xyriel… Il faut que tu reviennes…

Toujours les mêmes sottises et palabres. Il faut que tu reviennes, il faut que tu te réveilles… Et si je ne voulais pas me réveiller, si je ne voulais pas revenir? Ici, au moins, je me sens à la bonne place et au bon moment. Je peux faire ce que je veux, ici, je suis à l'abri des intempéries humaines et animales.

Je fais d'étranges rêves, je somnole, mes méditations forcées me mènent aux confins de Thessalie, là où personne n'oserait aller, et même plus loin encore. Je rêve de batailles entre de glorieux archanges et de féroces dragons, de galériens attaqués par d'étranges créatures terrifiantes venues des abysses océanes, de grandes guerres entre deux peuplades et où les illustres griffons et les cruelles liches se battent impitoyablement. Je me rends au-delà de la Grande Mer, je me rends sur les antiques Terres de Bahagon, cet être mythique, cette légende enfoui sous des montagnes de chroniques et d'annales thessalienne, ce fameux sorcier qui a su rester dans les mémoires de chacun, mais qui n'est plus réellement raconté par les troubadours et les poètes de nos temps.

Je vole dans les plus hauts cieux, parmi les gigantesques nuages qui survolent la Terre paisiblement, avec les aigles, les albatros, les pygargues et les grands Coatls, ces animaux fantasmagoriques, mi-oiseaux mi-serpents, ces rois des cieux. Il y a aussi les fabuleux Dragons qui m'accompagnent, ces rois des rois, qui, majestueusement, flottent dans l'air comme des poissons dans l'eau limpide, et qui surveillent les moindres faits et gestes des gens peuplant la Grande Terre. Eux aussi, ils gouvernent les cieux comme les rois gouvernent leurs fiefs, ils dominent les astres et parfois, défient la Lune et les météorites et, d'un regard perçant, les contrôlent indubitablement.


Mais, rapidement, mes rêves se transforment peu à peu, ils changent de formes, de contenu, les féeriques dragons se changent peu à peu en de viles créatures noires et assouvies par quelconque soif de pouvoir et de souffrance. Les glorieux empires sombrent dans la décadence, la noirceur et la déchéance. Les hommes sont massacrés par les morts, les fleurs sont flétries par le mal, les grandes forteresses d'Autrefois sont démolies par les ténébreux béliers du changement et du Temps.


- Xyriel, réveille-toi!


Les orques envahissent les plaines, dévalent les pentes, massacrent, violent et brutalisent les femmes, ils se régalent de la chair crue des enfants et des hommes, ils mettent à feu et à sang tous les villages qu'ils rencontrent, ils laissent que la désolation et la calamité derrière eux. Les survivants s'entre-tuent pour pouvoir survivre et prendre aux autres le peu qu'ils leurs restent.

Les glorieux Anges tentent désespérément de défendre leur Citées, mais les Démons et les chiens infernaux gagnent du terrain toutes les minutes. Les catapultes à feu détruisent les bâtiments et écrasent les gens qui ont le malheur de se trouver sur leurs trajectoires. Les Anges rebroussent au deuxième bastion, les capitaines de garde ne savent plus quoi faire, ils le savent, ils vont goûter au sang, et le leur, qui plus est.


- Il ne faut pas que cela arrive, il ne faut pas que cela arrive, il ne faut pas…

Les galériens se trouvent désemparés, ils ne savent plus que faire. Des tentacules gigantesques sortent des profondeurs de l'Océan, cassant rames, avirons et godilles sur leurs passages. Elles prennent les matelots au creux de leurs immondes ventouses, les annihilent, les écrasent, puis les rejettent dans les flots. Le capitaine braille des ordres, mais personne ne l'écoute, ou plutôt personne ne l'entend. Un bruit infernal règne, non pas avec parcimonie, autour du bateau. Les monstres font des sons incongrus et effroyables. Ils dominent totalement les pauvres galériens, et ils le savent.

- Xyriel, réveille-toi maintenant!

Une voix étrangement familière me rappelle brusquement à la réalité et à mesure que je reviens à moi, d'anciennes paroles reviennent à la surface des eaux troubles qui habitent mon esprit.

- Allez, petite, l'Infini est grand, et il nous attend.
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 24 Mar - 21:37

- Maman?

- Oui, chérie?

Elle me regarde fixement, soupçonneuse. Par ailleurs, je me soupçonne moi-même. Je ne sais plus exactement où j'en suis. Les larmes ont séchées, les pleurs, arrêtés. Seulement, les questions persistent. Pourquoi donc ai-je dis cela? Je ne me rappelle plus très bien, cela s'est passé si rapidement. Toutefois, je suis absolument certaine que je n'ai absolument pas compris un traître mot du discours que j'ai si admirablement récité à ma mère.

- Je m'excuse. Je ne voulais pas...

Je lui retourne son regard soupçonneux et je remarque soudainement que ses larmes n'ont pas arrêtées de couler, contrairement à moi. Au contraire, mes piètres excuses ne font qu'accentuer le flot de larmes qui coulent déjà le long de ses petites mâchoires.

- Je sais bien, petite. Je le sais.

Elle se détourne brusquement et puis, en quelques pas et mouvements anodins, se détourne de moi.

- Nous vivons, chacune de nous, des moments que l'on pourrait qualifier de troublants. La perte d'un père et époux n'est jamais chose facile à oublier. Toutefois, Xyriel, il va falloir l'oublier, pour le moment du moins. Il va falloir le laisser aller quelques temps dans l'étrange monde qu'est l'Au-delà, là où attendent les morts, car nous allons avoir beaucoup plus important à faire pour le moment. Nous allons premièrement quitter la maison. Ne désapprouve pas ma décision, cela ne servirait strictement à rien. Maintenant que ton père n'est plus, nous ne sommes plus en sécurité ici. Lui seul nous préservait du danger qui nous guette depuis si longtemps.

À mesure qu'elle parle, ma mère semble de plus en plus oublier ce qui vient de nous arriver. Comment peut-elle penser à des choses autre que la mort de mon géniteur bien-aimé? De plus, elle semble redevenir normale, comme si rien n'était arrivé, elle continue à vivre normalement dans un moment où ordinairement nous nous devons d'arrêter de vivre et commencer à réfléchir. Elle passe outre les pensées et mon raisonnement. De plus, ce n'est pas la première fois qu'elle fait cela. Il y a de cela quelques mois, à la mort du père de mon propre père, elle semblait totalement insensible à la douleur des autres, elle agissait comme à son habitude, donnant de petites sucreries aux jeunes enfants qui, riant aux éclats, ne respectaient aucunement le deuil que nous portions. Je n'ai jamais vu une personne aussi peu attentionnée aux autres et insensible à leur douleur. Un subtil sentiment de rancune m'envahit et prend contrôle de mon être.

- Nous devrons donc partir très bientôt. D'ailleurs, le plus tôt sera le mieux. Va dans ta chambre et prépare tes paquets, je vais nous trouver une monture fiable et des vivres pour le voyage.

- Pourquoi partons-nous si tôt?

- Bien, chérie, nous ne sommes plus...

- Oui, cette partie, je l'ai compris. Mais pourquoi ne rendons-nous pas hommage à Père? Il le mériterait bien, je crois.

- Oui, certes, il l'a amplement mérité, après tout ce qu'il a fait, pour nous, aussi bien que pour les autres qui nous ressemblent. Mais tu dois comprendre que chaque heure, chaque minute et chaque seconde nous est comptée. Nous lui rendrons hommage lorsque nous serons rendu dans notre futur havre de confort et de sécurité et crois-moi, nous lui feront un hommage digne d'un roi.

- Et où allons-nous, maman?

Elle baisse les yeux. À nouveau, on peut lire en elle l'incertitude et le doute.

- Je n'en sais rien, Xyriel, je n'en sais rien.
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Xyriel
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 16 Juin - 15:15

- Xyriel, réveille-toi immédiatement!

J'ouvre l'oeil droit, puis le referme en émettant un gémissement sourd. La lumière extérieure est éblouissante, voire même aveuglante. Je crois que c'est une journée magnifique, une bonne journée. Mais avant même que je rouvre un oeil, les questions se multiplient et commencent à se bousculer et à se frapper les unes contre les autres dans mon esprit.

- Où suis-je donc?

- Dans ta chambre, à la Citadelle.

À ma grande surprise, quelqu'un m'a entendu dans ma tête, à moins que je l'aie dit tout haut et sans retenue. La personne qui vient de me répondre semble joviale, elle a dit ces mots avec un ton si bienheureux que, sur le coup, j'ai été choqué de savoir quelqu'un tellement heureux alors que je ne peux même pas ouvrir un oeil. Par ailleurs, cette voix est complètement déformée et un affreux bourdonnement résonne dans ma tête, puis me détourne pendant quelques instants de mes questionnements, mais malheureusement, cela ne dure guère longtemps.

- Depuis combien de temps suis-je endormie?

- Près d'une journée entière.

Soudainement, je me souviens. Le vent, la vitesse, les voix étrangement familières et ensuite, le choc brutal. À ce souvenir, je commence à avoir affreusement mal à la tête.

- Que m'est-il donc arrivé?

À cette question, j'entends la personne qui me répond étouffer un petit rire. Apparemment, j'ai dû faire une légère bévue.

- Rien de très grave. Tu as percuté de plein fouet un des câbles rattachés à la Citée. Heureusement, tu ne volais pas très haut et ta chute a été amortie par les arbres. Tu as été chanceuse, Erdrick t'as entendu tomber et est allé te chercher.

Erdrick? Mais pourquoi cette abomination est-elle intervenue en ma faveur, et quel était donc son but, pour agir ainsi? Habituellement, il m'aurait bien laissé mourir, écrasé. Cette créature abominable, issue d'une relation contre-nature entre un Démon et une elfe, n'a jamais eu un nom digne de la Citée et n'en fait pas entièrement parti. Il habite à l'écart, à une petite case suspendue à la Citadelle. Il ne pourra jamais faire réellement partie de la Citée, car seuls les Anges y sont acceptés ainsi que leurs serviteurs et Erdrick n'en est pas un. Cependant, depuis quelques temps, Xynor agit étrangement. Elle a recueilli un homme. Un homme! Un Autre, un de ceux qui n'ont pas d'ailes, ces immondes insanités. Et puis quoi encore? Allons-nous donner la place de diplomate à une jument? Cela devient de plus en plus outrageant et honteux. À mesure que mes pensées coulent et découlent à flots dans ma tête, j'entends un bruit de porte qui ferme, puis, des chuchotements. Par la suite, la voix amusée et joviale s'exclame:

- Eh bien, tu vas être contente, Xyriel! Erdrick est, en ce moment même, dans la Citadelle. Il est revenu, car il a oublié le fruit de sa chasse. Je viens justement de l'envoyer quérir pour que tu lui fasses des remerciements dignes de ton nom.

La voix s'est, à présent, refroidie jusqu'à en devenir stricte et autoritaire. Cette voix déformée, je ne l'ai jamais entendu, mais ce ton, il m'est familier. J'en suis quasiment certaine, ce ne peut être que Xynor.

- Mais, je...

- Il n'y a pas de mais qui tiennent, Xyriel. Tu vas le remercier dûment, il t'a ramené ici sans rechigner, bien qu'il aurait pu ne pas le faire.

C'est bel et bien Xynor. À travers cette froideur et cette autorité, je l'ai reconnue. J'esquisse l'ombre d'un sourire, puis je tente d'ouvrir mes deux yeux un après l'autre. Bien qu'au début, c'est douloureux et fort ennuyeux à faire, je réussis à les ouvrir les deux en même temps et les laisser entrouverts. J'entends un soupir de la part de Xynor.

- Écoute, Xyriel, je sais parfaitement que tu n'aimes pas particulièrement les Autres, mais, s'il te plaît, fais un effort! Il faut que tu refoules tes vieilles rancunes, que tu les gardes au fond de toi. Ça ne servirait strictement à rien que vous vous disputiez maintenant, Erdrick et toi. De plus, il se peut que tu doives travailler avec lui prochainement.

- Mais, Xynor, je ne peux pas faire cela! C'est contre mes principes, c'est contraire à moi!

- J'ai bien dit "Il se peut...". C'est parce que j'ai besoin de toi ailleurs.

Je lui rends un regard éberlué, surprise pas ce revirement de situation. Xynor n'a jamais, auparavant, eu besoin de ma personne autre part qu'à la Citadelle. C'est par ailleurs pourquoi je ne quitte que très rarement ma Citadelle chérie et lorsque je la quitte, c'est pour faire de brèves apparitions ici et là dans des coins reculés de Thessalie. Xynor sait parfaitement que je n'aime pas les places éloignées de la Citée et que l'idée de la quitter pour une quelconque mission ne m'enchante guère.

- Ailleurs? Que voulez-vous dire par ailleurs? Envoyez-y Xelkior, il saura s'y faire. Il pourrait bien vous décrocher un astre du ciel, si vous lui demandiez. Je ne saurai quitter notre Citadelle bien longtemps.

- Non, il faut que ce soit toi. Quelques personnes pourront t'accompagner, mais pas plus. Ceci est un ordre, tu n'as pas à le contester. Tu vas quitter la Citadelle et ce, pour découvrir le Monde.

Découvrir le Monde? Quelle sottise elle clame! Depuis quand devrions-nous découvrir le Monde? Le Monde est le Ciel, car sans le Ciel, le monde se retrouverait parmi les Astres et serait baigné dans une noirceur absolue. Ce Monde, nous n'en avons pas besoin, mais lui, il a besoin de nous!

- Je me suis rendue compte à quel point nous ne connaissons rien du monde extérieur, mis à part quelques historiens séniles qui habitent le quartier nord-est, qui est pour ainsi dire quasiment inhabité. Il faut donc que quelqu'un le découvre et m'en donne un compte rendu détaillé. J'ai eu un léger dilemme quant à la personne que j'allais envoyer à l'étranger, mais après mûres réflexions, je t'ai préféré à Xelkior et à Xray, car te faire visiter le monde Extérieur te fera le plus grand bien. Tu pourrais enfin rencontrer des diversités inter-culturelles et faire connaissance avec elles. Il faut absolument que tu laisses tomber tes anciennes rancoeurs, elles ne te serviront plus à rien dorénavant. Je te le répète, ceci est un ordre. Donc, tu n'es pas en droit de critiquer et argumenter, tu vas te reposer quelques temps et après, tu pourras partir. Maintenant si tu le veux bien, prépare-toi, nous allons recevoir un invité de qualité et trêve de marmonnements, cela ne te servirait strictement à rien.
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 16 Juin - 15:16

Les bagages sont enfin prêts. Cela fait plus d'une demie journée que Maman et moi les préparons. Nous avons rassemblé tous les vêtements que nous pourrons transporter sans nous encombrer, une infime partie de nos biens personnels ainsi qu'une multitude de vivres.

Maman veut qu'on voyage léger, car elle dit que nous surcharger de choses inutiles ne nous sert strictement à rien, donc nous n'apportons que ce qui va nous être utile et nécessaire dans le futur. Cependant, moi, je ne suis pas d'accord avec elle, je pense que si nous nous en allons définitivement, nous devrions emporter autant de choses que l'on est capable de transporter. Ils serviront davantage avec nous qu'ici, à la portée des mesquins et des pilleurs, même si cela nous va très légèrement nous ralentir.

De plus, nous n'allons pas voyager seules. Deux hommes de hautes statures nous accompagneront pendant le voyage. Ces humains, je ne les aime pas. Ils sont vantards de leur race, égocentriques et cupides. Ils gardent jalousement leur or, leurs morceaux d'âmes dorées, et ils ne veulent absolument pas que l'on s'en approche. D'ailleurs, Vakaran, le plus obèse des deux hommes, garde leurs précieuses piécettes dans une besace rattachée à ses culottes courtes et rapiécées comme si elles étaient le salut de leurs pauvres âmes.

Je ne sais pas si cela fait parti du caractère des hommes, mais jamais je n'ai vu de personnages plus grossiers. Ils émettent des éructions fort bruyantes, rient comme des porcs, se goinfrent tels des rois, émettent des flatulences nauséabondes, disent des choses absolument grossières et dégoûtantes à propos de dames et d'animaux, se lavent à la fin de chaque semaine sur deux et font en sorte qu'ils en aient autant besoin que pouvoir faire leurs besoins naturels. Tandis que pour leurs besoins naturels, ce n'est pas compliqué, ils le font partout! Sur les arbres proches de notre demeure, dans les ravins proches des routes et parfois à même la route! C'est à en croire qu'ils doivent marquer leur territoire, tels des loups ou des chiens sauvages. Après avoir passée près d'un mois et demi avec eux, je n'ai jamais été aussi peu enjouée à l'idée de vivre avec d'autres personnes.


- Pourquoi devons-nous supporter ces hommes grossiers et malpolis? J'en ai bien assez de sentir cette odeur pestilentielle partout dans la maison.

Ma question ne prend pas ma mère au dépourvue, contrairement à ce que je souhaite. Elle se tourne vers moi, me regarde, aimable, puis éclate d'un rire joyeux.

- Je le sais bien chérie, seulement, nous avons besoin d'eux. Ils assureront notre protection tout au long de notre voyage. Par ailleurs, j'aime mieux te prévenir à l'avance, deux autres personnes nous rejoindrons lorsque nous serons en route.

- Mais pourquoi aurions-nous tant besoin de protection? Nous ne serons que des voyageurs, nous n'avons fait de mal à personne.

Mère fronce ses sourcils blancs et vaporeux, puis le nez. Elle se penche vers moi, puis me chuchote à l'oreille.

- Xyriel, nous sommes en danger. C'est pourquoi nous devons nous en aller. Des gens veulent notre mort et, maintenant que ton père est mort, ils ne se gêneront pas pour mettre leurs plans à exécution.

J'en reste bouche bée, interloquée. Jamais des paroles m'ont autant frappée au cours de ma vie. Un silence s'installe entre moi et mère, un silence oppressant, pesant et désagréable. Il s'insinue entre nos deux corps physiques pour entrer dans nos corps psychiques et ravager nos pensées, tel un feu ardent qui brûle une maison de paille et de bois.

- Mais…pour…j'…je n'y comprend rien. Qui peut donc nous en vouloir à ce point? Et pourquoi?

Tant de questions se pressent à la commissure de mes minces lèvres, mais seulement ces quelques mots réussissent à s'y échapper. Ma génitrice me prend par les épaules, puis m'intime à m'asseoir sur un divan proche et tire une chaise pour sa propre personne.

- Xyriel, ton père est très certainement un grand homme, nous devons en tirer une certaine fierté et aussi peut-être même un léger orgueil, car nous devons nous montrer à sa hauteur. Il a accompli de grandes choses et des actes des plus nobles, mais se faisant, il s'est attiré bon nombre d'ennemis. Plusieurs attentats ont déjà eu lieu afin de l'éliminer. Et plus récemment, quelqu'un a réussi. Xyriel, ton père a été froidement assassiné. Il a reçu un poignard en plein poitrail alors qu'il faisait les foins à la grange. Le temps que son acolyte s'en rende compte, vienne chercher de l'aide auprès de moi et des guérisseurs du coin, il était trop tard. Il est mort dans l'heure qui a suivi. Il ne nous a rien dit de particulier. Des adieux en bonne et due forme. Il n'a eu que le temps de nous révéler le nom du meurtrier et du promoteur de ce sinistre complot.

Puis, après quelques secondes de recueillement, des mots sortirent de cette bouche maternelle, en même tant que quelques gémissements implorants et misérables.

- Soyez maudits, Nasgar Pic-Assiette et Lunedemiel Araniel!
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 16 Juin - 15:16

- J'ai bien hâte de voir enfin cette garce de Xyriel se répandre en gratifications à mes pieds, les lécher et les parfumer de son eau de toilette nauséeuse! Depuis le temps que j'attends cela, me voici aux anges!

Dès le moment que j'entends cette basse insulte, je frissonne de tous mes nerfs. Je reprends mon souffle, car j'ai l'étrange impression d'avoir couru pendant une éternité, je fais tout mon possible pour me concentrer sur le moment présent et sur les mots que je vais devoir dire à cette crapule. Après tout, c'est le Diable qui va entrer dans ma chambre. Xynor se lève rapidement de sa chaise, qui a pour effet de la laisser choir sur le plancher, les quatre pattes à l'horizontale. Sans se préoccuper de la chaise étendue sur son dos ni du terrible bruit que la chaise a pu faire en tombant au sol, Xynor se précipite à la porte en poussant de petits cris pour enfin éclater d'un rire cristallin, s'arrête de sautiller lorsqu'elle arrive face à la porte de ma chambre, puis, quelques instants plus tard, de rire. Voyant un miroir près de la porte elle s'y avance, se regarde de près, à la recherche de quelconques défauts à chasser de sa propre personne, regarde la taille de sa robe, puis la trouvant trop longue, bien qu'elle soit évidemment trop courte, décide de la raccourcir un peu. Enfin, ayant l'air plus que satisfaite, ouvre la porte de l'antichambre, puis de la chambre. Je lève les yeux au plafond, implorante, dégoûtée et lasse du comportement enjôleur de ma femme de chef. J'entends à nouveau le léger rire cristallin de Xynor, puis un cri.

- Ah, Erdrick, par ici! On attendait justement ta venue avec impatience!

- En effet, je l'attendais avec autant d'envie que de me faire arracher des dents gâtées! que je cries, en travers de la pièce.

- Ça te ferait du bien, j'en suis certain, vu l'haleine pestilentielle que ton orifice buccal projette. J'ai senti ta présence au moment même où j'ai mis le pied gauche sur cet étage.

- Et tu sais ce qu'il te dit, mon orifice buccal?

- Xyriel! dit Xynor, offusquée.

- Je sais qu'il me doit quelques éloges.

Il entre dans ma chambre, un sourire machiavélique aux lèvres. Je frissonne de plus belle en le voyant. Erdrick est bel et bien la créature la plus laide que j'ai eu la malchance de rencontrer. Sa peau, d'une couleur vermeille, contraste étrangement avec la peau intensément blanche de Xynor, accrochée à son bras, le fixant de son regard aguicheur habituel et son comportement séducteur à l'affût de quelques remarques charmantes à faire au Démon. Son pagne en peau d'humain est le seul vêtement qu'il porte et il le revêt tous les jours, au grand désarroi des habitants de la Citée. Ses chaussures sont rapiécées et délavées, à force de marcher dans la boue et de les laver peu de temps plus tard. Son corps magnifiquement musclé est parsemé de cicatrices et de traces de brûlures et il semble en tirer une certaine fierté. Son visage rond et robuste en porte aussi quelques unes. Ses yeux sont oranges, féroces et impitoyables, tels des langues de feu qui lèchent haineusement autrui et amoureusement lui-même. Des dents dangereusement acérées couronnent sa grande bouche et sa langue fourchue darde parfois l'air, à la manière d'un serpent. Son gosier ne laisse sortir et entrer que de mauvaises choses, aussi dégoûtantes et immondes qu'elles soient. Son haleine dégage fortement une odeur putride de soufre et d'oeufs pourris. Sa tête, bien que dépourvue de poils quelconques, est munie de deux grandes cornes de bélier, en vrille, qui font la fierté de tant de Démons Supérieurs. Il s'approche à pas lents et assurés, à la manière des rois.

- Eh bien, voici notre rescapée! Comment te portes-tu, taupe? Heureuse de la chance qui m'a amenée à te sauver, ou honteuse de ne pas avoir vu une corde de cinq pouce de diamètre et d'avoir foncé dedans, la tête baissée?

- Disons que je suis honteuse de la chance qui t'a amené à me sauver, mais heureuse que je ne te doive toujours rien.

- Et comment donc, tu ne me dois rien? Je t'ai sauvé la vie!

- Mieux m'aurait valu la mort plutôt que te devoir quelque chose! Même si tu étais la dernière entité sur Thessalie, j'aimerais mieux la torture que d'avoir à t'adresser la parole, vermisseau!

- La mort et la torture, je puis te la donner, et se seront les seules choses que je te donnerai avec passion et ferveur!

- Moi pour le moment, la seule chose que je pourrais te faire passion et ferveur, se serait de te sortir de ma chambre à grands coups de pieds au post...

- Xyriel, suffit!

Xynor a détourné son regard de sur Erdrick et me regarde à présent avec un regard choqué.

- Arrêtez ces enfantillages, c'est votre chef qui l'ordonne. Si je vous ai bien réuni ici tous les deux, c'est pour que vous fassiez la paix, une bonne fois pour toute. J'en ai plus qu'assez de vos chamailleries. Erdrick, sois plus aimable; ici, les basses insultes, on s'en passerait bien. Quant à toi, Xyriel soit plus ouverte d'esprit. Je n'ai jamais su pourquoi tu as toujours eu autant de rancoeur envers les autres, mais il faut bien que cela cesse le plus rapidement possible. Si vous le voulez bien, maintenant, serr...

- Tu veux savoir pourquoi je déteste tant les personnes comme...lui, n'est-ce pas?

- Si cela pouvait m'aider à mieux te comprendre, j'en serais fortement réjouie et j...

- C'est parce que c'est des gens comme lui qui ont tué mes parents.

Je dis ces mots douloureusement véridiques en mettant plus d'emphase à chaque syllabe. Erdrick ne pense en effet qu'à lui; il n'agit pas en pensant aux autres. Il ne comprend aucunement la douleur qu'il peut infliger, la peur dans certains cas, dans d'autres, la terreur et parfois même, l'horreur. Pour lui, tout cela est normal, car il n'en ressent rien; comme les assassins de mes parents n'ont, en aucun cas, souffert de la perte de leurs deux géniteurs et toute la souffrance que cela peut causer à un enfant esseulé.

- Ce sont des gens comme lui qui ont froidement assassiné mon père, d'un lancer de couteau en plein torse, et des gens comme lui qui ont massacré notre maigre troupe alors que nous voyagions vers un lieu paisible pour s'y installer, des gens comme lui ont tué ma mère alors qu'elle demandait, suppliait, implorait leur clémence; avez-vous, Xynor, déjà vu votre mère ramper aux pieds d'un inconnu, en pleurs, suppliant de lui laisser la vie sauve? Ce sont des gens comme lui qui...

- Mais ce n'est pas lui qui a commis cela, Xyriel.

- Co... Comment peux-tu m'accuser de faits qui ne sont pas miens, petite sotte? Tu es pitoyable d'accuser une autre personne d'une action à laquelle elle n'a jamais pris parti! Ce n'est pas moi qui ai tué tes parents, mais à en voir ce qu'est devenu leur fille et s'ils étaient semblables à elle, je comprends pourquoi on les a tués!

- Et moi, je comprends pourquoi ta mère t'a abandonné, progéniture souillée.

Il écarquille les yeux, abasourdis. Nos disputes n'ont jamais dépassé le seuil de dureté et méchanceté à ce point. Habituellement, nos discordes ne sont que des insultes cuisantes et mordantes, mais là, nous en sommes à nous rappeler nos naissances difficiles et enfances douloureuses en nous souhaitant que du mal et du déshonneur. Pour un moment, j'ai eu un léger sentiment de honte pour les paroles que je viens de proférer. Xynor se place entre moi, alitée et Erdrick, debout, les poings serrés, prêt à frapper.

- Assez!

- Tu en as assez dit, petite insolente. Si tu dis un mot de plus sur ce sujet, je te tues et jamais ô grand jamais je ne le regretterai.

Pendant un léger moment, un silence s'immisce entre nous, puis, en rage, je me lève pour faire face au Diable en affichant un regard de défi.

- Ta mère t'as laissé pour mort, en haut d'une montagne, car jamais elle n'aurait eu le courage de t'élever, ni même te regarder dans tes yeux diaboliques. Imagine donc la misère qu'elle a eue à t'enfanter, avec tes cornes retroussées. Je me demande bien comment elle a pu te mettre au monde et rester en vie et si j'avais été à sa place, je serais morte de honte ou de douleur à voir un fils comme tu es!

Je suis allée trop loin, c'est la seule pensée qui me traverse l'esprit; néanmoins, je ne le regrette pas le moins du monde, car le Diable l'a bien cherché. Nous venons juste de passer un marché; une vérité pour une vérité. Toutefois, Erdrick le perçoit différemment. Il avance vers moi, sombre, menaçant, tel la Mort qui, assurément, vient prendre la vie d'un innocent d'un grand coup de faucille. C'est alors que Xynor décide de s'impliquer, alors qu'elle aurait dû le faire bien avant.

- Xeradian, Xiuhcoatl, Xynera, emmenez Erdrick à sa demeure. Xenedra, occupe-toi de Xyriel.

Xeradian entre dans ma chambre, suivi de l'étrange Xiuhcoatl et de l'indifférent Xynera qui se projettent sur Erdrick pour l'empêcher de me sauter au cou. Bien que plus fort, Erdrick ne peut rien contre une attaque unie, venant de part et d'autre de sa personne. Les trois Anges le sortent rapidement de ma cellule. Xynor s'approche de moi et plante un regard lourd de menace dans les yeux.

- Xyriel, cette fois, tu es allée trop loin. Déjà que je n'appréciais pas ton comportement mesquin, il aura fallu que tu insultes plus que bassement un de nos hommes...

- Mais lui aussi m'a insulté! Il m'a...

- Suffit! Il faut que tu cesses de tout ramener à toi et ta petite personne. Prépare tes bagages. Tu pars demain.

- Demain! Mais je ne peux...

- Si, tu le peux. D'ailleurs, tu n'as pas le choix. Xyriel Nameranel, je te bannis de la Cité des Anges jusqu'à nouvel ordre.
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 16 Juin - 15:17

Elle pose sur moi un regard dur et froid, signe qu'il vaut mieux que je me taise pour la laisser parler et l'écouter. Elle reprend brusquement une longue goulée d'air frais et continue son récit.

- Lorsqu'il était jeune, fougueux et une panoplie d'idéaux de justice et d'équité en tête, ton père a quitté son petit hameau avec quelques de ses amis pour partir è l'aventure. Il a beaucoup voyagé, il a traversé maintes contrées et mers. Il a vu différents peuples, des richissimes comme des miséreux, des grands comme des petits. Il a fait connaissances avec plusieurs d'entre eux et s'est lié d'amitié avec bon nombre de personnes. Toujours il a été généreux et dévoué envers ceux qui en avaient besoin, comme il l'a été tout le long de sa vie.

Un certain jour, alors que lui et ses compagnons traversaient une petite bourgade au Sud de Thessalie, où ils étaient connus par la plupart des villageois et même par certains petits nobles, deux hommes camouflés en guetteur l'ont menacé par le fil de leurs épées en lui demandant promptement de leur donner tout ce qu'il avait sur lui. Il a refusé, voyant bien que ces pilleurs n'en avaient pas plus besoin que les mendiants sales et affamés. Eux, qui semblaient être des gens fort aisés, vêtus de capes propres et bien coupées, l'intimaient de lui donner l'argent qu'il allait donner à des gens crasseux, en proie constante à la faim, pour faire briller une lueur d'espoir dans leurs yeux si ternis par le temps, la honte et le besoin d'aide, pour faire renaître le brasier de leurs vies pour qu'ils s'enflamment à nouveau et ça, il ne l'a jamais compris ni oublié. Cependant, avant même qu'il leur donne le peu de monnaie qu'il portait sur lui ce jour-là, ces amis sont intervenus et ont demandé aux oppresseurs de déguerpir au plus vite. La situation a fini par dégénérer en une rixe de ruelle. D'autres voleurs sont arrivés et se sont joints à l'escarmouche.

L... Les amis de ton père ont été abattus, tous sans exception, lors de cette bataille. Ton père a pu se sauver en se cachant dans un baril vide, caché par la noirceur. C'est là, pour la première fois, dans cette barrique sentant la bière vinaigrée, qu'il a entendu parler de Lunedemiel Araniel.


Elle reprend son souffle, encore une fois, puis détourne son regard vers la fenêtre la plus proche, qui donne une vue à couper le souffle sur le Soleil qui commençait à se coucher. Elle débite ses phrases avec l'assurance d'un poulain nouvellement né, mais elle connaît plus que bien le sujet dont elle parle, la tristesse encombrant ses pensées et la rage, augmentant et ralentissant son rythme de parole.

- C'était un certain Nasgar qui parlait, mais ses amis le surnommaient Pic-Assiette, car il était le meilleur détrousseur de toute la région. Il parlait d'un certain Seigneur qui lui demandait de voler les voyageurs afin qu'ils s'en aillent sans jamais revenir, afin qu'il mette une tâche à bien sans que personne de l'extérieur ne puisse l'espionner. Il leur avait même ordonné d'éliminer ceux qui refusaient, ou encore de les emmener avec eux afin de les asservir, chose qui a plus que dégoûté ton père. Son nom était Lunedemiel.

Ton père les a suivis à distance, car, bien qu'aisément reconnaissables, grâce au tapage que la bande faisait, il était fort dangereux de les suivre de trop près. Par la suite, la petite troupe a joint une autre troupe, plus grande et plus organisée que la leur. La bande de Nasgar avait enfin rejoint celle de Lundemiel. Alors, ton père s'est infiltré dans le camp et alors que la Lune était bien haute dans le Ciel et que tout le monde dormait, il a trouvé la tente de Nasgar et l'a tué d'un unique coup de couteau dans le gosier. Il lui a simplement dit: Un Ange venge toujours les siens.

Ton père a tou... Il a toujours regretté son geste. Le simple fait tuer un coq lui écorchait le coeur, mais tuer un homme l'a marqué au fer rouge pour le restant de sa vie. Il se réveillait parfois même la nuit, en sueur et en proie à une terreur indicible. Il se plaignait de rêves de sang et de chair découpée.

À ce moment même, un homme est entré dans la tente, puis voyant un grand être ayant des ailes rou... rouges de sang et un grand couteau à la main, il a fait sonner l'alarme. Ton père est alors sorti en trombe de la tente puis s'est réfugié dans une autre tente. C'est... C'est alors que je l'ai vu pour la première fois.


J'en suis très surprise, car je ne sais pas que ma mère était une brigande autrefois. Je lève un sourcil, puis dit, avec circonspection.

- Maman... T... tu étais une voleuse, avant?

Elle se retourne vers moi, puis, voyant mon air surpris mais interrogateur, émet un petit rire sans joie et me répond.

- Oh, non! Je n'ai jamais volé plus que des friandises à ma grand-mère et même là, je revenais toujours pour m'excuser et pleurant. Non, je vivais à cette époque avec ton grand-père.

- Tu veux dire que... ton père était Nasgar?

- Non, mon père est Lunedemiel.

Alors là, je suis plus que surprise. Je sais que ma famille et mon grand-père maternel ont toujours eu des différends et la dernière fois que je l'ai vu, cela remonte à il y a longtemps et il dû partir promptement, mon père étant tombé terriblement malade. Je ne savais pas avant cette phrase décisive que mon grand-père était un pillard réputé.

- Je venais à peine de me coucher, j'étais fatiguée par un voyage fatigant et c'est là qu'il est entré. Au début, il ne m'avait pas vu; ce n'est que lorsque j'ai poussé quelques raclements de gorges insistants qu'il a remarqué qu'il n'était pas seul. Alors, il s'est retourné vers moi et nos regards se sont croisés. C'est à ce moment que j'ai su que j'étais amoureuse de lui, avant même que je l'aie entendu prononcer un seul mot. Ce dû être réciproque, car la même lueur de passion qui brillait dans mes yeux était dans les siens. Après que je me sois levé, il m'a pris dans ses bras puissants et musclés, juste le moment d'une étreinte amoureuse et ardente. Puis, il m'a emmené avec lui hors de la tente et, sous les cris de surprises et d'effarements de la troupe de pilleurs, nous nous sommes dirigés, à l'aide de mes indications, vers l'abri des chevaux et nous nous sommes enfuit. Ton grand-père, en proie à une rage sans borne, nous a pourchassé pendant plus de deux jours avant d'abandonner la poursuite. Depuis ce temps, je ne l'ai vu que par deux fois et les deux fois, il a tenté d'envoyer ton père à la mort. Mais cette fois, il a réussi.

Puis, alors qu'elle baisse les yeux au plancher, elle dit, d'une voix presque inaudible.

- Mon propre père a tué mon époux bien-aimé par pure rancoeur.
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Xyriel
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 16 Juin - 15:18

- Xyriel Nameranel, je te bannis de la Cité des Anges jusqu'à nouvel ordre.

Cela fait maintenant deux heures que Xynor a prononcé ces mots, mais ils sont encore marqués dans mon esprit, impossible à faire disparaître. Je ne peux pas m'empêcher de penser à eux, qui ont été impitoyablement dits par Xynor, mon chef, ou plutôt mon ex-chef, devrais-je dire.

- C'est étonnant comment si peu de mots peuvent changer une vie entière.

- C'est étrange, mais Erdrick doit penser la même chose.

Je ne me suis pas rendu compte que j'ai dit ces paroles à haute voix. Je sursaute, puis me retourne pour voir Xenedra, qui s'était mise à l'aise et qui entamait un nouveau tricot. Elle lève les yeux de son ouvrage, puis me sourit gentiment.

- Les quelques mots que tu as dit à Erdrick vont bien l'obliger à ruminer ses pensées négatives pendant quelques temps. Avec les quelques phrases que tu lui a dites, tu viens de lui faire découvrir pourquoi il est tant haineux.

Elle me fixe avidement, puis voyant que je ne trouve rien à répondre, éclate d'un rire étrangement joyeux. Xenedra est bel et bien la représentation même de la maternité. Gentille, aimable, attentionnée et respectueuse, elle n'en est pas moins surprotectrice, Bien qu'elle soit plus jeune que la plupart des habitants de la Cité, elle ne se gêne pas pour s'occuper outrageusement de chacun d'entre eux, qu'ils soient Anges, serviteurs, ou bien des voyageurs aisés de passage profitant de la célèbre hospitalité de la Citadelle des Anges pour prendre des vacances, du repos et de l'air pur. Elle a beau être plus petite que les autres, elle est étrangement forte et éhontément farouche quant à la sûreté des lieux et aussi à sa propreté. Elle conteste toutes les décisions qu'elle juge impertinentes ou encore irréfléchies et impose souvent des décrets concernant les cuisines ou laveries sans le consentement de quiconque, mais que tout le monde finit par approuver. Erdrick lui-même jete parfois les armes devant son comportement quelque peu intimidant. Terre-à-terre, elle tente toujours de voir le bon et le mauvais côté de la médaille.

- Xyriel, même si ce que tu as dit avec tant de rudesse est vrai, ce n'est pas une raison pour tourner la chose en insulte cinglante et tirer profit des faiblesses de l'autre. Il faudrait que tu ailles t'excuser avant de partir. Après ce que tu lui as dit, Erdrick le mériterait bien. Certes, il n'est peut-être pas le compagnon le plus fringant que l'on peut avoir, mais il rend service quand ce lui est possible et le traiter de la sorte est plus que malfaisant.

- Malfaisant! Mais c'est lui qui a dit que mes parents méritaient la mort!

- Parce que tu l'as accusé à tort de choses qu'il n'a jamais été responsable. Un geste entraîne souvent des conséquences inattendues et c'est exactement ce qui est arrivé. Puis, cela a dégénéré, un peu trop même.

- Ne me dit pas..., alors que ma voix n'est qu'un vague murmure empli d'amertume, mais aussi de dérision.

- Ne te moques pas de moi, j'essaye seulement de t'aider. Remarque, dans la situation que tu t'es fichue, tu dois bien en avoir besoin.

Je discerne dans sa voix une pointe de moquerie joviale, pas bien méchante. Je ne peux m'empêcher de sourire.

- Si tu veux bien m'aider, alors, aide-moi à préparer mes affaires, je vais faire appeler un serviteur pour nous venir en aide.

- Tu n'as pas l'impression de laisser couler un peu trop rapidement? Xynor ne peut pas te faire partir bien longtemps, elle va avoir besoin de nous tous très bientôt.

-Non, je crois que je ferais mieux de partir, de peur de mettre Xynor dans une colère noire. Hors d'elle, elle pourrait bien m'empêcher de remettre les pieds dans la Citadelle à tout jamais. Il faudrait qu'elle m'oublie un peu. De plus, j'aimerais bien être seule quelques temps pour réfléchir. Vu les derniers évènements, être seule un peu me ferait un grand bien. D'ailleurs, j'ai bien assez de matière à réfléchir.

Jamais je n'aurais cru prononcer ces mots un jour. La Citadelle est la seule maison que j'ai eue depuis mon enfance difficile et jamais je n'en ai voulu d'autre.

- Soit, si c'est cela que tu souhaites, d'un ton quelque peu guindé.

Nous commençons donc à rassembler toutes les choses pouvant m'être utile lors d'un voyage. Vivres, vêtements chauds pour l'hiver à venir ainsi que des vêtements légers pour les journées humides restantes à l'été. Puis, voyant, qu'à deux, nous aurons bien du mal à empaqueter tout cela, je sors dans le couloir, à la recherche d'un serviteur fort et assez gentil pour interrompre sa tâche pour venir nous aider. N'ayant jamais ressenti le besoin qu'une autre personne fasse mes tâches ménagères à ma place, je n'ai jamais eu un serviteur attitré. Normalement, je descends aux cuisines pour y trouver des serviteurs en pause, sirotant une chope de bière en attendant de reprendre leur quart de travail. Cependant, je n'ai pas eu à faire une dizaine de pas pour trouver un serviteur en proie à un moment de léthargie peu avancé. C'est Valérien, le serviteur de Xmas, le silencieux sergent de la Cité. Il dort paisiblement, assis sur un banc peu confortable, dans le couloir. Son visage arborait auparavant un air si satisfait de sa personne et fier de sa servitude. Maintenant, il n'est plus que cernes et rides sur un visage anéanti par l'épuisement.

- Valérien, réveille-toi! Tu dors dans le couloir!

Il se relève brusquement, aux abois, puis, voyant personne dans les entourages, il pousse un soupir de soulagement. Je ne peux, encore une fois, m'empêcher de sourire. Remarquant enfin que c'était Xyriel, un Ange de la Cité, qui vient de s'adresser à lui, il s'incline profondément.

- Excusez mon relâchement honteux, ma Dame. Plus jamais cela ne se reproduira.

- Vous êtes excusé de tout coeur, serviteur, mon expression béate se transformant peu à peu en sourire en coin. Où est donc Xmas, pour que vous puissiez avoir autant de temps à vous endormir en publique? Serait-il encore aux bains? J'ai entendu dire que c'était pour lui un plaisir plus que jouissif que de pouvoir prendre un bain qui dure une lune.

- Ma Dame, j'ai bien peur de ne plus avoir de maître.

- Allons donc! Où est passé ce petit gredin de Xmas?

Valérien sourit jusqu'à en étirer toutes les rides de son visage parcheminé par une vieillesse prématurée. Xmas et moi passons notre temps à nous lancer des quolibets affectueux, au plus grand désespoir de Xynor.

- Mon Sieur Xmas est parti au petit matin, sans donner de raison autre qu'une certaine maladie dont il est parti à la recherche du remède. Il a laissé une note à Xynor comme quoi il ne faudrait pas s'attendre à son retour avant bien longtemps. Tout porte à croire qu'il est parti en direction du Sud-Est de la grande Thessalie.

Cette nouvelle est plus que choquante à mes yeux. Le Sergent le plus doué de la Citadelle est parti sans donner de raison explicite. Une maladie? Jamais il ne m'a dit qu'il avait une maladie et je crois que Xynor doit en être autant surprise que moi. Toutefois, la perte d'un autre ami m'afflige énormément. La Cité vient de perdre un de ses meilleurs éléments et pour détriment de qui? De la Cité, bien entendu. Et pour en gagner quoi? Un vulgaire elfe, ou un orque méprisant? Peut-être lui aussi été dépassé par les évènements et les nouveaux arrivants et voulait partir avant d'être mêler à la probable chute de l'Empire des Anges de Thessalie.

- Mais toi, que comptes-tu faire, dorénavant?

- Que fait un chien qui perd subitement son maître, ma Dame? Il en trouve un nouveau. Il en va de même avec moi aussi.

- Soit, en attendant, veux-tu m'aider à paqueter mes affaires? Je pars moi aussi.

- Avec plaisir, ma Dame. Si je puis me le permettre... qui donc doit venir avec vous et quand partez-vous?

-Je pars demain matin, à la première lueur du Soleil et, pour l'instant, personne ne me suis. J... je pensais demander à Xmas de m'accompagner, gênée.

- Plus rien ne me retiens ici, alors je pourrais bien vous accompagner. Il se pourrait fort bien que vous ayez besoin d'aide tout au long de votre voyage. Si vous me le permettez, bien entendu, s'empresse-t-il de bredouiller, ce qui m'arrache un rire aigu.

- Bien entendu, Valérien. Allons finir de paqueter mes affaires, puis allons faire tes paquetages.

- Bien, ma Dame. Par simple curiosité, où allons-nous?

- Je n'en sais rien. L'Infini est grand et il nous attend, en riant de plus belle.
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 16 Juin - 15:26

C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons quitté notre maison ce matin même. Les bagages étant rassemblés en un même endroit, ma mère a décidé de ne pas s'éterniser dans ce lieu qu'elle juge comme trop peu protégé. Jamais je n'aurais dû quitter endroit, mon chez-moi, je me dis, mais rester là, seule, alors que je ne connais personne aux alentours, serait une bien plus grande erreur. Le seul mur de protection restant est ma mère; je me dois de rester avec elle.

À mesure que les arbres défilent devant notre petit convoi, plusieurs questions me viennent à l'esprit pour ensuite disparaître dans les confins de mes pensées. Cependant, quelques questions subsistent et continuent à torturer mon âme déjà quelque peu dérangée par ce départ douloureux. Aurions-nous pu faire autrement que de partir et quitter lâchement notre demeure? Où allons-nous réellement? Ma génitrice sait-elle réellement ce qu'elle fait? Comment cette situation si tortueuse a-t-elle pu dégénérer autant? Quand nous arrêterons-nous donc pour manger?

Je me surprends à sourire, puis me ressaisis; Comment répondre à des questions qui n'ont pas et qui n'auront jamais de réponses justes?

Des jours durant, nous n'avons fait que marcher, rapidement pour monter les escarpements abruptes des montagnes avoisinantes pour les redescendre par la suite, plus prudemment, plus lentement, afin de ne pas laisser aller un chariot dans un moment de faiblesse de la part d'un boeuf déconcentré par une lubie quelconque. Nous traversons des champs de blé où quelques moutons et vaches broutent nonchalamment des pâturages verdoyants ou encore se vautrent à l'ombre de grands arbres feuillus, rassasiés de chaleur et de verdure.

Après huit jours de voyant éreintants, deux nouveaux compagnons nous rejoignent. L'un s'appelle Argon, homme fortement bâti, rude, solide et ferme. Vêtu de tunique ainsi que de chausses simples, il est l'image typique d'un fermier affermi et affirmé. L'autre, Naranathiel, est pour le moins plus étrange que son compagnon. Les cheveux d'un blond argenté, les traits du visage fins et délicats, il pourrait ressembler à un homme normal, quoique quelque peu efféminé. Cependant, quelques traits particuliers le distingue de tout autres hommes que j'ai vu auparavant. Il a des oreilles incroyablement longues et effilées, qui plus est. Son corps menu, est infiniment plus souple que son associé qu'est Argon. Il en semble fier et n'hésite pas à nous épater, ma mère et moi, en allant chercher des pommes aux cimes des pommiers ou encore faisant des acrobaties et pirouettes autour de la caravane en sautant au-dessus des chariots, ce qui a pour conséquence d'irriter les boeufs et Varakan, qui, quant à lui, dirige les boeufs avec son air sombre et embêté qu'il arbore tous les jours, du matin jusqu'en fin de soirée. Lorsqu'un bon jour, je lui ai demandé qui était-il réellement, il m'a répondu qu'il venait de très loin, plus loin même que les contrées humaines et qu'il vivait autrefois parmi un peuple isolé et reclus, en symbiose avec la nature environnante. Il m'a dit qu'il est ce que les hommes appellent un elfe, mais qu'eux-même se nomment différemment. C'est après cette conversation que je me suis dit que j'aimerais bien habiter parmi une telle peuplade, loin de toutes sociétés humaines où le vice et les problèmes règnent en permanence.
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 16 Juin - 15:27

Les Anges de la Citée sont là, attendant mon départ sur le quai de débarquement.

Ils y sont tous, à commencer par le chef, Xynor, vêtue d'une longue cape de couleur marine royale. À sa droite se trouvent le pragmatique Xzar, principal conseiller et traducteur de Xynor ainsi que prêtre de la Citée, aussi concentré qu'à son habitude, Xeradian, chef de la défense du Bastion angélique, accompagnée de la très maternelle Xenedra, son épouse et amie. À sa gauche, l'énigmatique Xray se gratte sérieusement le menton en jetant un regard vide de sens aux Cieux, ainsi que l'Ange du Feu Xiuhcouatl, Erdrick le Démon et le simple Xeres. En arrière d’eux se trouvent, sans cérémonies, les Anges vétérans de la Citée, soit Xfaramorth, joyeux et toujours plein d’entrain, suivi de Xokitsun, parfois légèrement insouciant mais toujours et encore fidèle à la Citadelle, Xypro, qui revient justement d’un long voyage au sud de Thessalie, le fidèle Xorus ainsi que son grand compagnon Xplicite, la montagne de muscle qu’est Xenophobe qui discute tranquillement de stratégies de guerre avec la très magnifique Xleela, Xelkior qui lit hâtivement un traité concernant le Tribunal angélique et qui, parfois, lance quelques regards, par ci, par là et participant parfois à la discussion de la Belle et du Géant. Ensuite viennent les visiteurs de passage ou encore ceux qui ont trouvé dans la Citée un refuge et une nouvelle maison pour reconstruire leurs vie, soit Forsete, Extarios, Morcar, qui entretient une conversation endiablée avec le revenant Stob à propos d’un certain légume connu sous le nom de pomme de terre, que je ne connais pas mais qui, si j’en crois les dires de Morcar, semblerait faire des miracles. Remarquant avec répugnance que Morcar a encore omis de se laver, le rendant encore plus repoussant que jamais, ce qui n’est pas peut dire, je détourne le regard avec rapidité et je remarque un nouvel arrivant. Xynor m’a dit ce matin même qu’il s’appelle Ulrador. Certains de ses traits me rappellent que trop bien mon ancien ami Naranathiel. Il discute avec le dénommé Ademar, qui semble être de la même famille que lui, à quelques ressemblances près. Je reconnais rapidement Valis, un ancien ennemi venu se repentir auprès de Xynor elle-même ainsi qu’Araym l’infirme. Puis viennent Azufel, Cniv et Khalyd, qui forment un petit cercle fermé et leurs mines renfrognées leurs donnent des airs de conspirateurs. Kidkodak et Bigjay, quant à eux, se tiennent non loin de là, regardant tous les faits et gestes de ces trois comploteurs en herbes d’un air soupçonneux. Bigjay tient fermement la garde de sa grande hache, près à s’en servir, bien qu’il n’en aurait pas besoin, vu le nombre considérable de personnes plus aptes que lui à désarmer trois rebelles. Finalement, je remarque Vlad, qui se tient bien à l’écart de toutes personnes. Tous étaient venus me faire leurs adieux avec chaleur, ou du moins, faire semblant de le faire avec chaleur.

Xynor prend la parole en premier.


- Xyriel, je te souhaite bonne chance dans les actions que tu entreprendras dans le futur. J’èspère de tout cœur, comme tout le monde ici, je crois, que tu te débrouilleras bien, et que tu nous reviennes en un morceau…

- Au contraire, qu’elle revienne en plusieurs morceaux séparés serait, pour moi et plusieurs autres, un des plaisirs les plus jouissifs que j’aurai au cours de ma vie.

Erdrick me regarde férocement de ses yeux de braises. Il voudrait certainement me faire mal, en ce moment, avec tout ce que je lui ai dit. C’est avec soulagement que je vois que Xynor se retourne vers lui, choquée, sûrement pour prendre ma défense, du moins, je l’espère.

- Erdrick, je déteste que l’on m’interrompe et tu le sais parfaitement. Combien de vois est-ce que je vais devoir te le dire? Regarde Vlad, lui, il a parfaitement compris ce principe! Prends exemple sur lui!

À l’évocation de sa propre personne, Vlad sort de sa rêverie et cherche celui ou celle qui l’a interpellé. Voyant que plus personne ne parle de lui, il se remet à dodeliner de la tête en marmonnant parfois quelques mots incohérents dans sa barbe. Je suis tellement outrée que mon propre chef et amie ne prenne pas ma défense que j’en reste bouche bée. Avant que je ne puisse lancer une réplique cinglante au Diable, Xenedra se lance littéralement dans mes bras.

- Oh, fais attention à toi! Si jamais s’il t’arrivait malheur, jamais je ne pourrais me le pardonner! Et Xynor, encore moins!

- Le danger qui t’attend dehors est plus sombre et plus sournois que des ennemis sur des champs de bataille, car il se terre dans le noir et dans le chaos le plus total. Fais gaffe à toi, petite.

Surprise, je relève la tête pour remarquer Xeradian qui me regarde, arborant un sourire bienveillant. Bientôt, plusieurs personnes de la Citadelle se rapprochent de moi pour me souhaiter bon voyage.

- Ouais, fais gaffe à toi, gamine.

- Oh, oui, fais un bon voyage! Reviens vite, j’ai déjà hâte de te revoir!

- Oui, moi aussi j’ai hâte! Moi aussi, je te souhaite bon voyage!

- Mais moi, je veux plus la revoir que toi!

- Pas vraieuh!

- Xynooooooooooooooor! Il dit qu’il veut plus revoir Xyriel que moi et c’est même pas vraiiiiiiiiiiiiii!


-Enfin, je ne suis pas encore partie…

- Bonne chance!

- Ouais, il ne faudrait pas que tu t’ennuies! Amuse-toi, fais-toi plaisir!


- Je compte bien m’amuser, ça, pour sûr, je vais m’amuser…

- Ne reviens pas, sale Ange!

- ...

- Ouais, reste-y! On veut pas de toi, on préfère Erdrick!

- Fais gaffe à ce que tu dis, Cniv, si tu veux pas avoir ma hache entre les deux yeux.


- Moi je la planterais bien à quelque part d’autre dans Cniv, Azufel ou encore Khalyd, ta hache, si tu me le permets bien, Kid, avec un regard aux trois intéressés qui n’est guère amène.

- Ah, mais sers-toi, Bigjay! J’allais justement te le proposer!

*S’BAM*

*S'BAM*

* PAONG*


- Ayeuuh!

- Ma joueuh! J’ai une trace de main sur la joueuh!

- Les jeunes, cessez vos gamineries immédiatement, vous allez finir par blesser quelqu’un avec cette hache.


Xelkior, qui a fini par relever son nez de ses notes, regarde maintenant la hache qui se promène par-ci, par-là avec une certaine appréhension mêlée à de l’agacement.

- Oh, Xelkior, laisse-les s’amuser encore un peu. Je suis d’ailleurs un peu contente que quelque puisse bien s’amuser en des temps si mornes…

Enfin, c’est avec soulagement que je constate que Valérien arrive avec les bagages. Gibecière à l’épaule, grands sacs de vivres dans les bras, il contourne tant bien que mal Cniv, Azufel, Khalyd, Bigjay et Kidkodak qui maintenant ont trouvé de nouvelles armes à expérimenter, notamment une sorte de couteau à deux lames dangereusement affutées pris dans un des nombreux fourreaux attachés à la ceinture de Xenophobe. Il s’approche de moi, essoufflé.

- Toutes nos affaires sont prêtes, ma Dame. Alors, partons-nous?

Je regarde chacun rassemblé ici. Un sourire aux lèvres, je ne puis m’empêcher de penser à un regroupement de chats sauvages en voyant ces jeunes se chamailler avec des armes dangereuses, les vieux qui persiflent contre les jeunes.
- Bien sûr, Valérien. Nous n’allons pas priver plus longtemps Erdrick de la jouissance de me voir disparaître dans la brousse.

Des serviteurs s’acharnent à attacher nos sacs à de grandes cordes. Nous avons décidé de descendre nos bagages à l’aide de grandes cordes car n’étant pas assez forte pour les supporter, et Valérien ne pouvant voler, nous aurions eu bien du mal à les faire descendre autrement. En bas, un chariot nous attends.

Mes bagages descendent lentement, puis ceux de Valérien, qui descendent beaucoup plus rapidement que les miens, mais, à ma grande surprise, de petits sacs se rajoutent à l’accumulation des sacs de voyage. Uraldor, l’elfe qui vient à peine d’arriver à la Citée et qui ressemble étrangement à Naranathiel, s’avance vers moi pour ensuite tendre sa main vers moi.


- Hey, toi! Ouais, toi! Je viens avec toi! Ça en jette, nah?

Je le regarde, éberluée, puis me retourne vers Xynor, implorante. Elle hausse les épaules, amusée, puis se retourne et quitte l’aire de débarquement.

- Qu’est-ce qui t’arrives, tout d’un coup? On dirait une enfant à qui on aurait enlevé sa sucette!

- Une chose est sûre, ce n'est certainement pas toi, ma sucette.
- Quoué?

- Écoutes, tu ne… tu ne peux pas venir. Tu ne peux juste pas.

- Comment? M… mais mes affaires sont déjà prêtes! Je viens avec toi, qu’tu le veuille ou non! Tu ne me referas pas défaire mes bagages une deuxième fois!

- Tu-ne-peux-pas-me-suivre-parce-que-je-ne-te-connais-même-pas-et-je-n-ai-aucune-confiance-en-toi-est-ce-bien-clair?

- Soit, je te suivrai à deux heures de distance!’Pas l’air de comprendre, toi. J’dois venir avec toi!

- Ah, tiens! Et pourquoi donc?

- J’a… j’ai le pressentiment qu’avec toi, certaines choses vont changer ici. Tu es là pour laisser ta marque, donc si je viens avec toi, je laisserais la mienne. Tu vas enclencher une réaction en chaîne.

- D’où tiens-tu ces informations?

- Oh, ça, ici et là, évasif. J’sens les afflux de pouvoir qui fluctuent autour de ta personne, j’sens que les Éléments sont avec toi. Thessalie et la terre, y sont en accord, toi ou ta descendance, z’allez changer de quoi. Va savoir pourquoi, je ne sais pas quoi, dit-il en marmonnant.

Je le regarde intensément, soupçonneuse. Je suis prise dans un dilemme atroce. Je ne peux pas le laisser me suivre, je ne sais que son nom! De plus, l’histoire qu’il vient de me sortir m’a bien l’air d’une histoire de charlatans. Mais si ce qu’il dit est véridique? Et si seulement il pouvait m’en dire plus sur ma destinée? Mais depuis quand les filous disent vrai? Alors que nos apparats descendent, je constate que la Citadelle me paraît bien moins familière qu’elle ne l’a toujours été. Peut-être le fait de la quitter aide un tant soit peu les choses, qui sait.

- D’accord, suis-moi si tu veux. Cependant, si je m’aperçois que quelque chose cloche chez toi, si il me manque quoi que se soit, je me permettrais de te donner une correction que tu n’oublieras pas de sitôt.

- Bien, chef! Dis, où s‘qu’on va?

Je lance un regard exaspéré à Valérien. Il imite superbement Xynor en haussant des épaules qu’il me fait subitement pouffer de rire. Une Ange, un Elfe et un serviteur. Et puis quoi encore?
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 16 Juin - 15:27

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Le Soleil se couche enfin. Par ailleurs, après cette dure journée de marche, il est plus que temps que l’on monte le camp.

Varakan s’affaire autour du chariot principal en prenant ravitaillements, pierre-à-feu et ustensiles à cuisine afin de nous faire un repas plus que suffisant tandis qu’Argon va chercher du bois pour nous faire un feu digne de ce nom. Ma mère s’occupe de faire de l’endroit où nous allons nous abriter cette nuite un peu plus sécuritaire en enlevant toute forme de danger, que ce soit roche ou encore vieille pointe de flèche rongée par le temps. Quant à moi et Naran, nous nous chargeons de trouver de l’eau. Rien de plus simple quand on sait s’y prendre, comme dirait Naran.

Nous marchons paisiblement dans les bois, le vent effilant nos cheveux. Il fait bon de pouvoir se sentir autant en harmonie avec la nature. Une odeur de pin, de roses sauvages et framboisier règne sur la forêt et cela m’enchante au plus haut point. Naranathiel virevolte en gambadant. Il a pratiquement l’air d’une hirondelle à huppe argentée en courant ainsi. Je ne peux empêcher un rire de percer ma voix en le voyant ululer de joie. Il saute, fait des simagrées burlesques en faisant des bruits cocasses. Finalement, nous approchons la berge silencieuse d’un fleuve placide. Je m’y penche pour enfin boire tout mon soûl, puis me rassied sur une bûche non loin et ramène mes jambes près de mon corps à l’aide de mes mains.


- Dis, Naran?
- Oui?

Lui aussi boit de l’eau, puis et après s’être repu, se relève et s’approche de moi pour ensuite s’asseoir à côté de mon petit corps.

- Pourquoi tu es parti de chez toi?

Il me regarde, perplexe, puis s’étire nonchalamment.

- Vois-tu, je n’ai pas la même vision du monde que les autres. Certains pensent que le monde n’est fait que pour naître, vivre, faire la guerre, faire l’amour, tuer, mourir et ensuite retourner à la terre, d’autres pensent que nous vivons que pour avoir un but précis, soit la vengeance, la haine, l’amour ou encore la liberté. Moi, je pense aussi que nous vivons pour un mettre à bien un but spécifique, mais c’est légèrement différent. Notre but à tous serait plutôt d’améliorer la vie sur Thessalie afin que ceux qui naîtront dans le futur aillent une vie meilleure que les nôtres.

Il inspire profondément, puis continue. Son souffle chaud s’étend dans mon cou et me réchauffe en cette fraîche soirée d’été.

- Je savais que, quelque part dans la contrée ouest des Plaines Épineuses thessaliennes, se trouvait un nouveau-né qui allait, tôt ou tard, changer le cours de la Vie. Je le savais, du moins, tout le monde de mon ordre le savait, car un changement d’énergie s’est effectué au moment même de la naissance dudit bambin. Une énergie inconnue, mais fort heureusement, positive, s’est installée sur Thessalie en cette époque. Cependant, l’énergie nouvellement créée paraissait fort instable et pouvait devenir négative d’un moment à l’autre. C’est pourquoi nous avons décidé de trouver la source d’énergie nouvelle et de l’élever dans nos forêts, loin de tout danger. Or donc, moi et mes confrères avons recherché sans relâche le nourrisson dans les Plaines Épineuses. Je suis celui qui l’a trouvé. Je t’ai trouvé.

Je me suis présenté à ta mère il y a de cela bien longtemps. Tu n’étais encore qu’un bébé, tu ne t’en souviendrais pas. J’étais alors moi-même très jeune, mais assez mûr pour savoir ce que je voulais dans la vie. Ce que je voulais, c’était rester auprès de toi et ta famille.

Les Hommes n’auraient pas compris, ni les nains, orques ou encore gnomes. Je pense que même les Anges n’auraient pas compris ce que le fait de te trouver apporterait à l’avenir de Thessalie. Par ailleurs, ta mère n’a pas compris immédiatement. Elle m’aurait bien fait sortir de sa propriété à grands coups de balai si ton père n’était pas intervenu.

Lorsque que je t’ai trouvé, tu étais une source d’énergie positive. Après tout, quoi de plus innocent qu’un bébé?


Quelle étrange chose de dire à une fillette de près de neuf printemps que l’avenir de Thessalie peut dépendre d’elle ou de sa descendance. Je le regarde, médusée, puis éclate de rire.

- Naran, quelles sont ces idioties? Allez, venez, nous devons rapporter de l’eau.

Il me fixe longuement, puis éclate de rire à nouveau.

- J’en avais presque oublié que tu es encore trop jeune pour comprendre ce genre de chose. Tu as raison, allons rejoindre les autres.

Moi, trop jeune? d’un ton faussement choqué.

Alors que nous remplissons des chaudières d’eau coulant de la source sinueuse, il ébouriffe mes cheveux soyeux de sa douce main.

- Allez, Xyriel, les bacs sont pleins. En route vers le campement.

Nous recommençons à marcher, bien que nos jambes ne veuillent que se reposer un peu plus. Les baquets d’eau sont lourds et difficiles à transporter. Naran en a quatre alors que moi j’en ai un et j’éprouve une certaine difficulté à marcher et le soulever. J’adopte donc, après plusieurs essais, une nouvelle technique. Il s’agit, en fait, de le soulever, faire trois pas, le reposer, souffler et de recommencer ainsi encore et encore. Nous sommes rendu à près d’une centaine de pas du campement lorsque des bruits pour le moins étrange surviennent. Nous entendons, avec horreur, des pas précipités suivis de cliquetis ferrailleux et de cris de surprise. Naranathiel, qui a des oreilles plus fines que les miennes, souffle quelques mots saccadés.

- Des hommes… Pas loin d’une vingtaine. Armés d’épées et deux d’arcs. Mauvais, très mauvais présage. Allez, viens, petite. Tiens-toi bien, ça va bouger.

Il m’attrape prestement puis m’accroche à même son dos. Il va d’un pas rapide et vif, puis commence à courir. Mauvais présage? Que se passe-t-il donc? Que font des hommes armés à nos trousses? Je suis confuse, trop de choses se passent en même temps. Il n’y a qu’une chose que je ne comprends pas; Pourquoi nous attaquent-ils?

À moins que…

- Trouvez la Femme et sa petite! Ce sont eux que nous recherchons! Les autres, faites-en ce que voulez...

Alors qu’Argon dégaine sa longue épée afin de combattre l’homme qui vient son encontre, Varakan sort en trombe du chariot principal avec un immense marteau dont j’ignorai l’existence jusqu’à maintenant. Quant a Burien, l’autre homme qui assurait notre garde, il tient en respect quatre ennemis en même temps. Je cherche ma mère des yeux, mais ne parvient pas à la voir.

Puis, soudainement, tout devient rapide et confus. Le combat redouble d’ardeur entre les oppresseurs et nos malheureux protecteurs. Bien que très déséquilibré, le combat paraît acharné, les opprimés semblent bien vouloir livrer un combat sans merci ou relâche. Ma génitrice sort du chariot en courant puis se dirige vers le cœur de la forêt. À la vue de leur proie principale, les attaquants se précipitent à sa poursuite. La terreur se lit maintenant très bien dans le visage de ma mère, la rendant ainsi plus blanche qu’à l’habitude. C’est horrible! Sous mes yeux, je vois ma mère, ma chère mère se faire poursuivre par des assaillants armés. J’ai envie de lui crier que je vais bien, de me rejoindre pour qu’on s’enfuît, mais Naran met sa main devant ma petite bouche.

- Tais-toi, car sinon, ils vont nous trouver.

Pendant que je restais accroché à son dos, Naranathiel n’a pas perdu de temps. Je n’ai même pas remarqué qu’il m’a déposé par terre et que nous nous tenons derrière un rocher qui nous cache presque entièrement. Je me lève sur la pointe des pieds pour voir où est rendue ma mère. Je la cherche des yeux près du campement et des batailles, mais elle n’y est pas. Argon a vaincu deux hommes armés et se trouve aux prises avec un humain de plus haute stature que lui, ce qui est étrange à voir. On dirait presque un combat de géant, vu leurs hautes statures. Burien, lui, semble être de loin le meilleur bretteur des trois protecteurs et même meilleur que la bande de pilleurs entière, mis à part le chef, qui court encore derrière ma mère et qui n’a pas prouvé sa valeur à l’épée. Il a battu deux des quatre combattants qu’il tenait en respect et deux autres ont maintenant pris leurs places. Varakan, quant à lui, a eu beaucoup moins de chance. Son corps, du moins la moitié de son corps, soit son buste, est accoté à un épais tronc d’arbre. Une personne passant par là par pur hasard et qui se trouverait de l’autre côté du tronc pourrait penser qu’il ne fait que se reposer, mais si la personne en question se rapprocherait, elle pourrait constater que les deux jambes de Varakan gisent à environ quatre pas de son torse avec une bonne partie du bas-ventre ainsi que beaucoup de sang.

Enfin, en balayant les bois du regard plus loin, à l’ouest du combat, j’entrevoies ma mère qui court encore et toujours, près d’une dizaine d'agresseurs à ses trousses.


- Allez, viens, nous allons tenter de la sauver.

Naranathiel m’a déjà soulevé lorsqu’il m’a soulevé pour me remettre sur son dos. Il grimpe dans l’arbre le plus proche, et à mon grand malheur, se met à se faufiler parmi les grosses branches des arbres pour enfin sauter jusque dans un autre arbre. Il atterrit sans grandes difficultés, mais plutôt avec une fluidité remarquable. Il continue à se faufiler entre les branches de l’arbre dans lequel nous venons d’atterrir puis saute à nouveau, pour ensuite atterrir dans un nouvel arbre. Nous continuons comme cela à un rythme qui est, pour moi, beaucoup trop rapide. Le vertige m’a déjà atteint, la nausée monte en moi comme une flèche, mais Naran continue malgré tout. Les écorchures faites par les branches d’arbres se multiplient sur ce visage de soie. Nous ne nous dirigeons pas vers ma mère, non; on se dirige plutôt vers la caravane.

Étonnement, personne ne semble se soucier de nous. Ou plutôt, personne ne semble nous voir… Naran attend un certain moment, puis, voyant que personne ne regardait en direction du chariot principal, il se jette du haut de l’arbre pour faire un long vol plané et parvenir à terre. Voyant que personne ne nous avait vu encore une fois, il se projette rapidement à l’intérieur du chariot et commence à fouiller minutieusement ses bagages personnels.


- Bon, où est-ce que j’aurais bien pu le mettre? Voyons… Ah! Le voilà!

Il extirpe de sous ces sacs un arc immensément long et fascinant. Le bois est d’un blanc aussi blanc que celui des grands pachydermes de l’extrême Sud de Thessalie il est recouvert de runes anciennes gravées à même le bois. Il prend ensuite son carquois de flèches, prend une flèche et me tend le carquois.

- Tiens. Prends-le et lorsque je te dis de m’en donner une nouvelle, tu me l’as donne le plus rapidement possible, compris?

- O…oui.

Il se tourne de bord et prend une grande goulée d’air. L’air décidé, mais pas certain de ce qu’il va faire, il se penche légèrement, puis se met à courir. Il court beaucoup plus vite que je le pensais. En réalité, je ne semble même pas être un fardeau. Il court, laissant combats et combattants qui le regardent, éberlués. Puis, un homme reprend conscience plus vite que les autres.

- C’est lui qui tient la fillette! Allez, les gars, laissez ces déjections sur deux pattes et descendez cet elfe!

Les seuls bruits que l’on entend, par la suite, sont les cris enthousiastes des mesquins, des courses qu’ils entreprennent et des sifflements de flèches tirées à la hâte. Elles filent à toutes vitesse de tout côtés sans jamais toucher leur cible, qui est nous. Au loin, je vois ma mère acculée à un tronc mort, en pleurs, devant les filous qui viennent de finir leur filature, épuisés.

- Par pi… pitié, laissez ma fille tranquille, je vous donnerais ce que vous voudrez…

- Nous avons déjà ce que nous voulons, et ce que nous voulons, c’est toi, dit le chef avec un air démoniaque à en faire peur un démon. Manque plus que trouver la petite.

- L… Laissez-là tranquille, elle, au moins. Elle n’a aucun rapport dans tout ceci, toujours en pleurs saccadés, implorants.

- Les ordres sont les ordres. La petite et toi devez mourir. Alors, vous mourrez.

- Noooooon! Mais enfin, ce n’est qu’une enfant! Comptez-vous réellement tuer une gamine?

- Eh bien, en faisant mine de réfléchir, euh, oui! sous les éclats de rire de ses comparses.

Je n’ai pas remarqué qu’en courant, Naran s’est grandement rapproché du lieu où ma mère et les mercenaires sont rassemblés. Il semble prendre un élan et saute puis s’accroche à l’arbre le plus près. Il entreprend de grimper le long de son écorce rugueuse lorsqu’un nouveau sifflement se fait entendre. Les flèches se rapprochent de plus en plus de leurs cibles. J’entends Naranathiel maugréer avec mécontentement contre la mauvaise emprise qu’il a sur l’arbre. Toutefois, il monte avec une rapidité étonnante et en une vingtaine de secondes, nous sommes déjà rendus très haut dans l’arbre, proche de sa cime. Il encoche la flèche qu’il tient à la main avec des gestes concis et précis, puis tire sur un des hommes de main qui se tient devant ma mère. La flèche se plante dans son dos avec un choc sourd et affreux, puis l’homme tombe à la renverse en émettant d’immondes soubresauts.

- Donne-moi une autre flèche, Xyriel, calme.

Je lui jette un regard, emplie à la fois d’ébahissement et de méfiance. L’homme se trouve assez loin. Comment a-t-il pu tirer d’aussi loin et le toucher quand même dans le haut du dos. Voyant son regard qui commence peu à peu à se faire insistant, je sors une flèche et la lui fourre dans sa main souple. Il l’encoche puis tire à nouveaux Il touche un autre adversaire.

Les hommes commencent à se faire nerveux. Comment se défendre contre un ennemi que l’on ne peut voir? Ils commencent à chercher plus consciencieusement les alentours, bien que trois hommes restent surveiller ma mère.

- Une autre, Xyriel.

Je la lui donne, il effectue les mêmes mouvements que la fois précédente et tire. Encore une fois, sa flèche trouve une cible, mais cette fois, un des hommes a trouvé une piste.

- Regardez l’inclinaison de la flèche! Ce vaurien doit se vautrer dans un arbre là-bas!

Avec un serrement de cœur, je constate que l’homme pointe dans notre direction. Dans les minutes qui suivent cette démonstration de logique typiquement humaine, les cris des hommes se font entendre plus souvent. Ils se rapprochent à pas de loup.

- Là-bas, dans cet arbre! J’en vois un!

Puis, tout devient flou. Les cris, des sifflements de flèches qui passent proches de nous, puis un choc foudroyant. Naranathiel me regarde, stupéfait, une flèche lui transperçant le bas du ventre.

- Xyriel, suffocant , re… reste où tu es et ne fais rien.

[...]
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 16 Juin - 15:28

[...suite du post précédent, trop long pour le forum[-_-]]

J’ai envie de pleurer. J’ai envie de pleurer toutes les larmes de mon corps, de me déssecher de tristesse, mais aucune larmes ne sortent. Étrangement, le vide m’envahit. Prise de vertiges encore plus grands que lorsque nous sautions d’arbre en arbre, je ne peux bouger. Une deuxième flèche lui transperce le corps, mais celle-ci est rattachée à une corde. En bas, les hommes ont entrepris de tirer sur la corde, ce qui a pour effet immédiat de ramener Naran au sol. De haut, sa chute parait lente, très lente, et je peux voir les détails les plus fins sur ce fin visage. Peur, surprise et étonnement se lisent sur son visage. Finalement, il touche terre. Le choc est douloureux, plus douloureux encore que le choc de la flèche. Un craquement sourd se fait entendre. Naranathiel est étendu au sol dans une position plus qu’insolite, les deux bras dans son dos, ses jambes de travers.

Je reste sur place. Bien que je voudrais bien le rejoindre, je ne peux pas; mes membres sont cloués sur place. Par ailleurs, il m’a bien demandé de rester où je suis et ce n’est pas pour rien; ici, je suis caché par une grosse touffe de feuille et donc, à l’abri des regards. Les hommes, ces immondices ces charognes! Je sens la rage mêlée au désespoir me monter à la tête.

Les hommes retournent en direction du lieu où ma mère et le chef de la bande, qui quant à lui, questionne ma mère.


- Où est ta fille?

J… Je ne sais pas.

Il la gifle violemment puis la saisit par les cheveux. Et l’approche de sa tête et de ses yeux. Un filet de sang commence à couler de son nez, et un filet de terreur commence à couler des yeux.

- Écoute-moi bien. Je n’ai pas beaucoup de temps à perdre à discuter avec un corps mort. Où-est-ta-fille?

- Je ne le sais pas! Par pitié, laissez-la… laissez-la…

Jamais je n’ai vu et n’aurais cru voir ma mère implorer quelqu’un de la sorte. À genoux, ses longs cheveux de soie de lune éparses, les yeux bouffis par les pleurs et la peur, elle suppliait celui qui allait être son assassin. Je détourne les yeux, mais entend toujours ce qu’il se passe.

- Insolente! Tu vas me dire où elle est!

Un long cri perçant jaillit d’entre les arbres. Je ne puis empêcher les larmes de couler le long de mes joues.

- Chef… nous n’avons plus beaucoup de temps et…

- Ferme-la! Elle va me le dire!

- Mais, chef, nous devons…

- TA GUEULE!

La réplique résonne en écho dans la verte forêt. Un cri étouffé laisse entendre que le chef de la bande a frappé à son tour son comparse. Cependant, pendant quelques minutes, les seuls sons qui parviennent à mes oreilles sont les croassements de quelques corneilles effrayées par tout ce raffut et les couinements de souris cachées dans le même arbre feuillu que moi.

- Ah, tant pis! Nous dirons à Lunedemiel que la fillette est morte en se lançant dans la rivière et que nous n’avons pas réussi à récupérer le corps.

Dans l’obscurité de la nuit, un autre cri retentit. Un grand vide se crée en moi. Maman, cela ne se peut pas, cela ne se peut juste pas, dis-moi que cela ne se peut pas, dis-le moi…

- Amenez son corps. Nous allons prendre leurs chariots et nous faire passez pour de simples visiteurs.

- Et celui-là, chef?

Il pointe Naranathiel, qui est toujours étendu à la même place, livide.

- Laissons-le où il est. Les charognards auront tôt fait disparaître sa minable carcasse d’elfe. En route, une longue route nous attend.

Ils partent sans plus de cérémonies, me laissant seule, perchée en haut de mon arbre.
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 16 Juin - 15:30

La caravane se remet en branle.

Les boeufs placides et serviles tirent le convoi de vivres, celui des vêtements ainsi que celui dans lequel nos accessoires personnels se trouvent. Uraldor et Valérien se chargent de les mener sur les chemins cahoteux. La seule responsabilité qui est mienne consiste à surveiller l'arrière de notre convoi, là où il est le moins protégé. Lorsque nous nous arrêtons enfin, je propose de faire les feu lors de nos prochains arrêts et de les garder en vie et de panser les légères blessures de chacun, elfe comme bovin. Aujourd'hui, un des boeufs s'est coincé une patte entre deux rochers; sa récompense pour cette bourde digne d'un écervelé de bovidé est une très grande écorchure qui saigne abondamment lorsqu'on ôte le pansement de sur la plaie. Il émet de drôles de bruits dès qu'on lui touche la patte en question, ce qui laisse croire qu'il ne pourra supporter son calvaire bien longtemps. J'ai déjà proposé aux autres de l'achever et de ce fait même, abréger ses souffrances, mais mes compatriotes ont été catégoriques; ce boeuf nous est grandement utile, donc il n'est évidemment pas question de l'abattre.

Je m'acharne à remettre en place un pansement neuf et qui ne sent pas, fort heureusement, le sang caillé. J'ai déjà vu ma mère remplacer, autrefois un pansement à un de nos anciens condisciples qui c'était entaillé le bras; ce n'avait pas l'air bien difficile et ce ne peut être bien différent pour un boeuf. Du moins, je le croyais avant d'essayer vainement sur ce spécimen qui est, ma foi, plus qu'énervé. La bête se met à bouger la patte avec des gémissements plaintifs, puis s'éloigne de moi. Je grogne, maussade, en me raffermissant; devrais-je assommer la bête avant de la soigner?


- Laissez-moi faire, ma Dame. Ceci n'est pas une tâche pour vous. Occupez-vous donc de l'eau.

Je me relève, quelque peu épuisée. Quelques gouttes de sueur perle sur mon front blême. Valérien me toise quelques secondes, puis, se rappelant soudainement son rang, s'incline profondément.

- Que viens-tu de dire, Valérien?

- Ma Dame, je vous ai...

- Suffit; mon nom est Xyriel et si tu continues à me vouvoyer pendant le reste du voyage, nous allons tout deux trouver cela très long et fatigant. Je doute que le fait de donner des titres de noblesse à qui veut bien t'enchante, alors je te dispense de cette tâche ingrate.

Il arque les sourcils, surpris. Apparemment, il ne s'est pas attendu à cela du tout. Par ailleurs, je ne m'attendais pas que ça sorte comme cela. Néanmoins, la remarque est faite; même si le moyen n'est pas le bon, le résultat reste le même.

- Très bien, X... Xyriel. Je t'ai dit de me laisser faire cette corvée. Ce n'est pas gentilhomme de laisser une femme de ton rang se salir avec le sang d'un boeuf affolé.

- Autre chose; ici, il n'y a pas de rang, pas de personne supérieure ou inférieure aux autres. Tu es maintenant mon égal, Valérien, comme je suis la tienne.

Mais que viens-je donc de dire? Lui, un serviteur! Pourtant, je dois me donner raison; alors que je suis en exil, lui, en pleine liberté, pourquoi donc garder nos titres respectifs? Après tout, je ne vaux pas mieux que lui, en ce moment.

- Tu m'en vois ravi, Xyriel, mais je ne peux pas te laisser continuer, c... c'est...

- C'est quoi?

Il ouvre la bouche, comme pour dire quelque chose, puis la referme brusquement et se met à rougir furieusement. Je viens de toucher une corde sensible et cela ne semble pas lui plaire. Au contraire, il se tourne, honteux de sa propre rougeur.

- C'est contraire aux principes; à mes principes, plutôt. Laisser une Dame de ta qualité travailler alors que je reste là, les bras ballants, me dégoûte encore plus que le fait de violenter quelqu'un de plus faible. C'est dégoûtant, c'est honteux, c'est méprisable, c'est...

Je ne comprends pas ce qui se passe. Un changement se passe en moi, incertain, tel une main qui s'avance, avisé et prudente, dans l'obscure noirceur de la nuit. Il infiltre ma conscience, la taquine consciencieusement et repart dans l'étrange nébulosité qu'est mon corps psychique pour ensuite revenir à la charge, plus fort, plus puissant et surtout, plus cruel. Il s'insinue, tel un serpent qui se faufile parmi des embranchements pour ensuite attaquer sournoisement une proie à l'intuition en dépravation ou en perdition. Le changement est, pour toutes autres personnes, normal; pour moi, il est fatal. Il est de ceux qui ne peuvent être opérés sur ma personne, mais il est tout de même en train de changer mon âme. Un changement tel qu'il change ma personnalité, l'essence même de mon corps. L'amour change ma nature propre, la raison de mon existence douloureuse, soit la soif de vengeance. L'Amour.

Comment puis-je donc tomber amoureuse de lui? Un Autre par-dessus le marché! Je ne peux accepter ce changement; il me contredit, il conteste ma façon de vivre et je ne puis accepter cela. Par contre, sa personne n'a rien de dégoûtante; grand, un peu musclé, il est tout sauf chétif. C'est plutôt sa personnalité qui change tout; il agit comme si j'étais la dernière personne en Thessalie, la plus importante de tous... Mais non! Ressaisis-toi! Cela ne peut arriver! Après tout ce que tu as enduré, ça serait lâche et injuste de tout laisser tomber, comme un arbre qui laisse tomber sa dernière feuille rougie par l'automne! Mais lui, jamais il n'aurait fait de tels gestes. Jamais il n'aurait agis contre mon père, jamais il n'aurait lancé ses hommes à notre poursuite, à moi et ma mère, jamais il n'aurait... Mais il reste différent! Il n'en vaut pas et il n'en vaudra jamais la peine! Il n'a pas d'ailes, ce n'est qu'un misérable serviteur. Et moi, je suis quoi, maintenant? Rendue coupable de trahison, je suis une exilée. Pourquoi un serviteur ne serait donc pas fait pour moi? Tu es un Ange! La Pureté, la Blancheur, la Lumière de Thessalie... Mais lui, je l'aime! Oui, je l'aime, j'en suis certaine, maintenant. Il sera ma Pureté, ma Blancheur, ma Lumière. Il sera ma Thessalie.

- ... tu m'écoutes, Xyriel?

Je ne réponds pas; cela n'en vaut pas la peine. Je remarque qu'il s'est retourné vers moi et me fixe à nouveau. Ne me posant plus de questions, je me jette sur lui, ma bouche laissant ma preuve d'amour sur ses lèvres.

- Valérien, j... je t'aime.
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 16 Juin - 15:33

Je regarde en bas du grand arbre.

Le corps mort de Naran gît encore en dessous de moi, ses grands yeux verts me fixant, ou plutôt, fixant le vide même de la mort. Je n’en peux plus. Papa, Naranathiel, puis Maman, c’en est trop… Tous ces morts, en si peu de temps…

De froides larmes commencent à couler le long de mes petites joues. Pourquoi tout cela devait-il nous arriver? Malheurs après malheurs, ces évènements suscitent en moi une profonde colère. Tout ça, pour une simple vengeance. Tout ça pour une ancienne rancœur, une ancienne querelle. Toutes ces personnes qui ont été tuées par pure amertume. Je ne peux comprendre. Et tout ça, fait par mon propre grand-père. Comment un père a-t-il pu faire cela à sa propre fille, à sa propre petite-fille?

Soudainement, de loin, un chant magnifique parvient à mes oreilles. Alarmée, je jette des regards sur la forêt qui semble pourtant endormie. Il ne faut pas que quelqu’un me découvre ici! La ritournelle est attirante, envoûtante, j’ai envie de m’approcher de la source de ce nectar auditif, j’ai envie de la découvrir. Je veux voir, je veux mieux entendre cette douce mélodie. Elle m’enchante, elle m’enivre, ce n’est pas du tout le moment, mais je ne peux m’empêcher de me sentir allègre et rayonnante. Cette harmonieuse complainte me fait oublier la peine et la haine qui m'habitait il y a à peine quelques instants. Je ne peux m'empêcher de rechercher la source de ce chant divin.

Je n'ai pas eu à chercher bien longtemps. La source de cette douce lamentation se trouve derrière moi mais nous ne pouvons nous voir et nous découvrir, car les feuillages de l'arbre dans lequel je me cache me couvrent entièrement. C'est une femme. Une belle femme, magnifique, même. Svelte, grande et les cheveux d'un brun foncé, son visage est marqué par le calme et la sérénité. Ses courbes voluptueuses mettent en avantage un corps déjà éblouissant. Cependant, l'élément le plus marquant chez cette femme radieuse, c'est ses deux grandes ailes, géantes appendices d'une blancheur sans défauts. Elles sont parfaitement encadrées entre ses épaules, comme les miennes. Il n'y a pas à redire, elle est céleste. Je me rapproche subtilement pour pouvoir la regarder. Ses yeux clos reposent dans une douce quiétude. Seule sa bouche se permet quelques mouvements. Son chant devient de plus en plus fort à mesure qu'elle avance à travers la forêt. Puis, alors qu'elle se trouve en dessous de moi, je perd pied et commence à tomber.

La branche sur laquelle je me trouvais craque dangereusement alors que je tente désespérément de me raccrocher à elle. Puis, je sens le vide m'avaler, je m'engouffre dans le Néant. Je ferme les yeux, ne voulant pas savoir ce qu'il va se passer par la suite. À mon grand désarroi, je gagne peu à peu de la vitesse. Enfin, je termine ma chute. Seulement, elle ne se termine pas comme elle aurait dû finir. La femme ailée m'a attrapé avant que je n'atteigne le sol.Mes oreilles bourdonnent et mes tempes martèlent mon crâne tel un marteau qui frappe le fer rougeoyant à même l'enclume.


- Tiens donc. Un mort ainsi qu'un Ange protégés par le même arbre et, plus loin, une caravane gardée par des déchus et attaquée par des gardes défunts. Décidément, cette promenade est des plus étranges.

Son chant s'est arrêté; sa voix douce n'est plus qu'un souffle dans mon oreille douloureuse.

- Que fais-tu ici, petite?

- Ma mère, ils… ils l'ont emmené.

- Ils l'ont emmené où?

- J… je ne sais pas.

Je l'entends respirer; son souffle chaud me réchauffe la nuque. Bien qu'elle me soit étrangère, je ne peux que ressentir de la gratitude à son égard et je dois le reconnaître, je me sens étrangement bien en sa présence.

- Alors, ces gens, ces morts, ce sont ta famille?

Je me retourne lentement vers elle, puis acquiesce. Avec ma mère, c'était bel et bien la seule famille qu'il me restait. Elle me regarde, les yeux emplis d'une tristesse sincère et réconfortante. Les larmes viennent subitement emplir mes yeux, tels des couteaux tranchant ma peau blême.

- Pauvre petite…

Elle me prend tendrement dans ses bras, comme l'aurait fait ma mère dans de pareilles circonstances. Elle sent la lavande et le laurier, son aura calme grandement mes pulsions haineuses. Puis, reculant son visage, elle me regarde droit dans les yeux.

- Viens avec moi. Je vais t'amener dans un lieu calme, où des personnes s'occuperont de toi comme si tu étais de leurs propres familles. Là où je veux t'emmener, tu ne seras plus jamais seule. Tu ne souffriras plus de cette sorte.

Des minutes passent sans qu'un mot ne se dise. Elle me berce en chantant une comptine populaire lorsque soudainement, je ne peux m'empêcher sourire.

- Je veux bien aller avec toi. Seulement, où va-t-on aller? Je n'ai plus de maison.

- Je te le dis, nous irons où la paix fera fortune. Nous irons à la grande Cité des Anges.
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MessageSujet: Re: Xyriel, ou l'Ange parmi tant d'Autres   Lun 16 Juin - 15:33

Épilogue

Cela fait près d'onze mois que nous avons quitté notre glorieuse Cité. Bientôt onze mois que nous avons quitté notre Cité bien-aimée et, pourtant, ces mois ont été des plus bénéfiques pour chacun d'entre nous.

Uraldor a enfin trouvé la voix qui guidera ses pas pour le restant de sa longue vie. Il a décidé de nous quitter hier, à l'aube. Le Soleil n'avait pas encore daigné se découvrir à nous, bien que nous étions déjà levés depuis peu. Il s'est approché de moi alors que je lavais les instruments dont nous nous étions servis pour manger et les rangeais à leurs places respectives dans le chariot de ravitaillement.


- Xyriel, je dois partir.

Ces mots m'ont tout d'abord surpris. Certes, je savais qu'il nous quitterait, il me l'avait annoncé il y a de cela quelques semaines, mais je ne croyais pas qu'il le ferait si tôt.

- Très bien, Uraldor. Pars. Cependant, il va falloir que tu m'expliques encore une fois pourquoi tu tiens tant à partir. Je n'ai pas encore compris cela; du moins, je n'ai pas encore compris il fallait que tu partes maintenant.

Il a alors esquissé un grand sourire et s'est exclamé d'une voix forte et tonitruante.

-Ah Xyriel! Tu ne changeras donc jamais! Toujours aussi méfiante et empreinte de jugements. Comme je te l'ai dit auparavant, je dois partir non de mon plein gré, mais bien par obligation. Le flux d'énergie que j'ai détecté en toi n'a pas disparu; non, il a simplement changé d'importance. Au début, je voyais en toi un puissant rayon de pouvoir qui affluait en ta personne tel un fleuve impétueux. Maintenant, je vois un simple faisceau, ordinaire, sans plus de surprise. Cela signifie donc que la tâche qui t'a été confiée a été menée à bien. Tu as fait ce que tu avais à faire en Thessalie et ce, très certainement, avec brio.

- Mais encore? d'une voix méfiante. Et que signifie donc le "très certainement"?

- En réalité, c'est que je ne sais pas en quoi consistait ta tâche, donc, je ne peux pas savoir si tu l'as réussis de la bonne manière ou pas. Toute fois, te connaissant, je suis certain que tu l'as bien réussie. Puis, le sourire aux lèvres, cela signifie entre autre que ta vie sera désormais fortement ennuyeuse et que toi et Valérien mourrez comme des vieillards bavants sans avoir vécus les aventures que vous rêviez tant d'avoir.

Je n'ai pu qu'éclater de rire face au visage drôlement mesquin d'Uraldor et à sa dernière remarque. Uraldor a décidément bien des tours dans son sac lorsqu'il s'agit de rire et s'amuser.

- Eh bien, mon cher compagnon, c'est ici et maintenant que nos chemins se séparent.

Alors que je riais, je n'avais pas prêté attention à l'arrivée de Valérien à mes côtés. Je pris alors sa main et la serrai fortement. Ce nouveau départ me chagrinait beaucoup, car, à travers tous ces moments passés à ses côtés, j'avais appris à le connaître et je ne le regretterai jamais.

- Mon ami, jamais je ne pourrais t'oublier, ni toi, Xyriel. Toi qui étais si peu enthousiasmée à l'idée que je vous accompagne, regarde aujourd'hui combien nous nous tenons en estime maintenant! Tout ce voyage, jamais je ne pourrais oublier cela. Je vous remercie tout deux pour tout ce que vous avez pu me donner et faire.

Il eut alors un drôle de sourire, puis rajouta, d'un ton léger.

- Prenez bien soin de vous. Plus précisément de toi, Xyriel, ainsi que ton bas ventre.

Et ainsi Uraldor nous quitta, en s'esclaffant et faisant des sauts et des galipettes, tel un enfant joyeux et surtout, en nous laissant dans la perplexité et l'intrigue. Or, l'intrigue n'a pas duré longtemps. Quelques minutes plus tard, je me retrouvai à genou devant un baquet à vomir tripes et boyaux. Valérien me rejoignit par la suite, alarmé par les sons incongrus que je produisais.

- Mon Aimée, que t'arrive-t-il donc? Que se passe-t-il?

- Eh bien, comme tu peux le voir, je vomis. Quant à ce que je fais à genoux, ma foi, c'est déjà bien mieux que de dégobiller debout tout en s'éclaboussant une bonne partie des vêtements.

- Tiens, je n'avais pas remarqué, d'un air faussement naïf, mais se reprenant soudainement, cependant, es-tu malade, as-tu besoin de quoi que ce soit? Je peux bien aller te chercher un peu…

- Je vais bien, merci. Je crois pouvoir survivre à cela, même si je dois maintenant l'endurer tous les jours prochains.

- Tous les jours prochains!

Puis, un mince éclair passa devant ses yeux sombres, et son visage s'illumina.

- Tous les jours, tous les jours, tous les jours…

- Ah, ces hommes! fis-je, en riant aux éclats.






*******



- Encore un petit effort, allez, tout va bien ma douce, allez…

Cela fait bien deux heures que je force que je pousse comme une démente afin qu'il sorte. La douleur en est rendue presque infernale. Je n'en puis plus, je suis au bord de l'épuisement.

Le plus fatigant dans tout cela, ce doit être Valérien avec ces mots doux. On dirait presque il tient plus à se rassurer lui-même que me rassurer, moi, la principale intéressée.

- Allez, tout va bien, allez un petit effort, juste un peu…

Comme si je n'en faisais pas assez, des efforts! Cela paraît bien que ce n'est pas lui, la femme.

- Ç… Ça y est, je vois la tête! Encore un peu, ma chérie, c'est bientôt fini…

Non, mais! Il est qui pour me dire que c'est bientôt fini? J'ai bien hâte de finir, non pas pour que le petit sorte, mais bien pour qu'il finisse de s'inquiéter, lui! À cette pensée, j'éclate de rire, un peu pour faire partir la douleur, mais en vain, car mes tractions du ventre ne font qu'augmenter. Je crie, je hurle, ça ne me fait aucun bien, mais je ne peux m'en empêcher. Puis, quelques minutes plus tard, Valérien émet un autre cri, de ravissement, cette fois.

- C'est un garçon, c'est un garçon!

Il prend le petit dans ses bras, puis tente de se lever, mais voyant le cordon qui relie l'enfant et mon bas ventre ainsi que mon expression de douleur, il se ravise et me donne le nouveau-né. Sans aviser mon mari et complice, je prend la parole d'une voix douce et claire, pour dire ce qu'il y a si longtemps, j'avais décidé de dire en attente à ce moment de bonheur.

- Te voilà enfin, mon fils. Ainsi donc tu arboreras le nom de l"homme qui m'a enseigné à vivre, même dans la Mort. Tu porteras le nom de mon père.

Fils, tu t'appelleras Nameranel.
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